Libéralisation de l’électricité

 spoliation du patrimoine national !

  • Par Nicolas Dupont-Aignan

ndagdf Les habitués de ce blog (http://blog.nicolasdupontaignan.fr) n’ignorent pas que j’ai toujours combattu l’ouverture à la concurrence du marché français de l’énergie, quitte à admettre dans ces conditions que nos énergéticiens devraient modérer leurs prises de participation et interventions sur le marché de nos voisins européens.

Pour mémoire, je rappellerai les arguments principaux qui motivent ce refus : l’énergie, ressource vitale et non-stockable pour ce qui concerne l’électricité, nécessite de gigantesques investissements que ne peut supporter la sphère privée, et doit être accessible au plus grand nombre à un tarif bon-marché, pour servir l’efficacité économique comme la justice sociale. Bref, ressource d’intérêt général, elle doit demeurer sous contrôle étatique et constituer un service public national de première importance.

Or, la capitulation de Jacques Chirac et Lionel Jospin au sommet de Barcelone en mars 2002, qui a vu la France accepter, en dernier et à contrecœur, l’ouverture à la concurrence de son marché de l’énergie, remet frontalement en cause le service public de l’énergie inventé à la Libération, lequel a assuré tant l’indépendance énergétique de notre pays que son développement économique durant les Trente Glorieuses.

Ce qui est menacé au cœur du service public, ce sont les tarifs administrés bon-marché (fixés par l’Etat), rendus possible par l’avantage comparatif tout à fait loyal que constitue notre industrie électronucléaire. Nos voisins produisant une énergie beaucoup plus chère en l’absence de centrales nucléaires, il est concrètement impossible à leurs opérateurs de s’aligner sur les tarifs administrés français, ce qui rend toute concurrence impossible.

La Commission de Bruxelles, comme nos gouvernants, le savent. Ils tournent donc autour du pot depuis juillet 2007 (date officielle de l’ouverture à la concurrence en France), tentant petit à petit de transformer EDF en multinationale alignant, à la hausse, ses tarifs sur ceux de ses concurrents. Le sujet est bien entendu explosif, 95% des particuliers étant sagement restés aux tarifs administrés en toute connaissance de cause. Dès lors, nos ultralibéraux de Bruxelles et Paris ont imaginé un système tordu pour contourner l’obstacle : au lieu d’abolir les tarifs administrés, brutalement ou progressivement au nom de la concurrence, ils ont mis au point un tour de passe-passe qui est un vrai scandale. Il s’agit de mettre à la disposition des concurrents d’EDF en France pas moins de 30% de l’électricité nucléaire au coût de production, afin que ceux-ci puissent s’aligner sur le tarif administré.

« Jusque ici, se dira-t-on, tout va bien, puisque ce sera indolore pour le consommateur… » Et bien non, car en réalité cette vente à perte par EDF à ses concurrents va entraîner un manque à gagner pour l’entreprise, qui va le répercuter sur… le tarif administré, ainsi appelé à augmenter pour s’approcher progressivement du prix du marché européen ! C’est notamment pour cette raison que les PDG successifs d’EDF, M. Gadonneix hier, M. Proglio aujourd’hui, réclament des hausses de 20 à 25% du tarif administré sur quelques années, prétextant des « investissements nouveaux ». Sur la forme, la méthode, sournoise, est détestable. Sur le fond, elle est inadmissible : vendre à prix coûtant à des opérateurs privés de l’électricité nucléaire – créée par les efforts du contribuable français depuis des décennies – revient à une spoliation pure et simple du patrimoine national au profit d’intérêts particuliers. Ce n’est même pas une privatisation où l’Etat réaliserait une bonne affaire financière, c’est une véritable braderie pour permettre au dogme de la concurrence de triompher, sur le dos des usagers bien sûr. Avant, on payait peu cher une électricité publique, demain on paiera de plus en cher une électricité spoliée par quelques grands féodaux, à seule fin de rémunérer des actionnaires avides et des salaires astronomiques de dirigeants et cadres dirigeants !

A ceux qui s’étonnent d’ailleurs de la maladresse apparente du pouvoir autour de l’arrivée d’Henri Proglio à la tête d’EDF, avec un salaire démesuré pour une entreprise publique et des responsabilités croisées au sein d’une autre entreprise au risque du conflit d’intérêt, la tentation est grande de dire que si l’Etat voulait peu à peu normaliser l’énergéticien public en multinationale comme les autres, il ne s’y prendrait pas autrement… Plusieurs syndicats, comme FO et la CGT, ont alerté sur ce qui apparaît comme une perspective de plus en plus probable. Il ne faut pas les regarder comme des bolcheviks le couteau entre les dents ! Même s’ils défendent parfois les intérêts de leurs professions, auxquelles des efforts de meilleure gestion pourraient être demandés pour sauver l’entreprise publique (et non la privatiser), j’estime que leurs mises en garde doivent être prises au sérieux.

En tout cas, qu’on ne compte pas sur moi pour voter au Parlement une loi qui spoliera les Français de leur patrimoine national, avant qu’on ne le leur fasse payer une seconde fois par des hausses de tarifs correspondantes !

5 commentaires
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  1. Très bon article qui décrit bien la situation actuelle. Il manque cependant un point, technique et qui est d’importance. La libéralisation du marché de l’électricité, et je ne parle spécifiquement que de ce type d’énergie ici, bien qui n’est pas stockable, nous a fait pas passer, comme le dit NDA, d’un système étatique à un système privé. Cela a une conséquence extraordinaire. En effet, un système étatique est en général guidé par l’intérêt général, c’est-à-dire, en ce qui concerne l’électricité, une production de sécurité ou, dit autrement, un système de surproduction de façon à ce que personne n’en manque quelle que soit la situation. Le système privé, lui, a pour seul objectif la maximisation du profit. Il est très facile de montrer, mathématiquement, que la capacité de production qui va conduire à la maximisation du profit est celle qui se cale sur la moyenne de consommation (voir mon ouvrage « Ainsi marchait l’humanité » de janvier 2009) car les pics de consommation, même s’ils sont payés plus chers, ne sont jamais réellement rentabilisés car il faut alors tenir compte de leur probabilité d’occurrence et plus cette dernière est faible et plus cela rend rédhibitoire le prix potentiel de cette électricité de crise. Cela va donc avoir pour conséquence, en Europe, de conduire les producteurs à adapter au mieux leurs capacités et donc cela nous amènera fatalement à une sous-production (plus exactement une production qui sera au plus proche de la moyenne de consommation sans marge en cas de besoin). Pas sûr, direz-vous? Regardez bien outre Atlantique, en Californie. Ils ont fait avec des années d’avance ce que Bruxelles a fait plus récemment et le résultat est éloquent. La Californie, depuis, est en sous-production d’électricité chronique. Voilà ce qui nous attend, quel que soit le prix payé par ailleurs. Nous n’avons pas fini d’avoir des coupures sauvages et si nous vivons quelque hiver particulièrement rigoureux et long, il se produira alors un véritable scandale sanitaire et social.

    Merci de votre attention.

  2. Il faut aussi ajouter à cet excellent article et à ce premier commentaire intéressant de Geneste que ce sera toujours EDF qui sera obligé de racheter toute l’électricité éolienne et photovoltaïque à des tarifs totalement prohibitifs : 8,2 à 13 centimes d’euro le kWh hors taxes pour l’éolien, 55 centimes d’euro hors taxes pour le kWh photovoltaïque (alors que le kWh nucléaire revient à moins de 3 centimes). Il n’est pas étonnant de voir EDF demander 25% d’augmentation de ses tarifs.

  3. On va bientôt arrêter de parler pour ne rien dire !!!!
    A çe jour, les voyous de la bande à Sarkozy, prenant pour exemple la clique d’Elstine en Russie,
    pillent la France.
    En effet, après GDF, voilà maintenant EDF qui y passe.
    Les méthodes sont à peine différentes, mais le résultat sera, à très court terme le même.
    Seulement, nous, aura-t-on un Vladimir, ou peut-être un Nicolas (pas celui-là, l’autre à lunettes d’Yerres),
    pour envoyer les « Kodorkorvski » de chez nous, pas en Sibérie, mais à Mouthe (le pays le plus froid de France)
    méditer sur le sort des voleurs de grand chemin.

  4. Ayant passé une grande partie de ma carrière dans cette belle entreprise qu’était EDF, je suis écoeuré par la logique actuelle de l’Entreprise et surtout par celle de son actionnaire principal. Fini l’époque où après une tempête hors normes les agents,retraités (à l’époque on disait « en inactivité de service »…) compris, étaient tous sur le pont pour remettre le réseau sur pieds. Aujourd’hui, selon les départements, réduction d’effectifs oblige, ce sont des entreprises prestataires qui assurent le lien avec l’usager, pardon le client… Pour le branchement d’un compteur, il n’est pas rare d’attendre plus d’une semaine (expérience vécue par des proches), sans chauffage dans l’appartement où l’on vient d’emménager, et quand l’on fait part de son angoisse à vivre dans ces conditions, on vous raccroche au nez. Quant au nucléaire, convoité par certains, il souffre déjà d’une politique du moindre coût, sans bien évidemment qu’il y ait de relation de cause à effet, nous pouvons constater que le taux de disponibilité des tranches se dégrade, à qui la faute ? On peut pas tout mettre sur le dos des grèves.

  5. Ayant passé une grande partie de ma carrière dans cette belle entreprise qu’était EDF, je suis écoeuré par la logique actuelle de l’Entreprise et surtout par celle de son actionnaire principal. Fini l’époque où après une tempête hors normes les agents,retraités compris (à l’époque on disait « en inactivité de service »…) , étaient tous sur le pont pour remettre le réseau sur pieds. Aujourd’hui, selon les départements, réduction d’effectifs oblige, ce sont des entreprises prestataires qui assurent le lien avec l’usager, pardon le client… Pour le branchement d’un compteur, il n’est pas rare d’attendre plus d’une semaine (expérience vécue par des proches), sans chauffage dans l’appartement où l’on vient d’emménager, et quand l’on fait part de son angoisse à vivre dans ces conditions, on vous raccroche au nez.
    Quant au nucléaire, convoité par certains, il souffre déjà d’une politique du moindre coût, sans bien évidemment qu’il y ait de relation de cause à effet, nous pouvons constater que le taux de disponibilité des tranches se dégrade, à qui la faute ? On peut pas tout mettre sur le dos des grèves.
    En ces temps de mise en valeurs de nos « super patrons ». que dire de Charles Beigbeder, il créa POWEO en apportant bien évidemment une valeur ajoutée au produit qu’il commercialisait… Ce qui lui donna les moyens de construire une unité de production au gaz (merci pour les gaz à effet de serre). Depuis ce monsieur à cédé les titres detenu par son holding familial à un groupe autrichien à 29 euros le titre (soit une plus value de plus de 50% par rapport au cours précédent l’offre) plus des stock-options à hauteur de 2,6% du capital de POWEO. C’est ça le marché de l’electricité voulu par l’Europe, avant longtemps, on regrettera amérement le bon temps de la nationalisation avec un quasi monpole et où le seul objectif était de produire de l’électricité au meilleurs coût avec une bonne qualité du produit (absence de coupure).

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