Pour Jean-Louis Debré, « le régime a changé d’esprit »

 

debreJLwLe président du Conseil constitutionnel avait ostensiblement séché le discours du président de la République, dimanche 15 janvier à Amboise, à l’occasion des cent ans de la naissance de Michel Debré.Que Nicolas Sarkozy, qu’il n’apprécie guère, ait rendu hommage, dimanche 15 janvier, à son père, Michel Debré, « c’est son affaire », s’est contenté de commenter, d’un ton sec, Jean-Louis Debré, en marge de sa venue à l’Ecole nationale d’administration (ENA), lundi.

Le président du Conseil constitutionnel avait ostensiblement séché le discours du président de la République, la veille, à Amboise (Indre-et-Loire), à l’occasion des cent ans de la naissance de l’auteur de la Constitution de la Ve République. Il a choisi, en revanche d’invoquer les mânes paternels dans les locaux de la prestigieuse école créée par l’ancien premier ministre du général de Gaulle en 1945.

M. Debré fils, accompagné d’Yves Guéna, gaulliste historique, et de l’ancien directeur du cabinet de Michel Debré, Antoine Dupont-Fauville, n’a pu s’empêcher de distiller, à l’occasion, quelques piques à l’endroit du chef de l’Etat. « Je ne veux pas faire de politique, évidemment je n’en fais plus jamais, a-t-il déclaré en référence à son devoir de réserve, mais le premier engagement politique de mon père a été radical-socialiste », a-t-il souligné, manière de sous-entendre qu’on pouvait avoir un certain penchant pour certaines idées ou candidat de gauche, encore aujourd’hui, sans être coupable de lèse-gaullisme. François Hollande appréciera !

Histoire familiale

Devant un parterre d’environ 150 élèves de l’école, Yves Guéna a déploré qu’on ait « endommagé » la Constitution de 1958 à force de la réviser, allusion aussi à la dernière réforme de 2008. M. Debré s’est contenté d’acquiescer d’un « si tu veux ! » qui valait bénédiction.

A son tour, il a regretté la possibilité donnée depuis l’élection de M. Sarkozy aux ministres de redevenir parlementaire sans avoir besoin de se présenter de nouveau devant les électeurs. « Si les ministres savent qu’ils peuvent claquer la porte sans prendre aucun risque pour retrouver la circonscription, cela ne contribue pas à donner de l’autorité au gouvernement », a déploré M. Debré.  » Le régime a changé d’esprit « , a-t-il soupiré. (Note de Gaullisme.fr)

Mais M. Debré était là pour « parler d’autre chose ».  » Je suis venu vous parler d’une petite famille juive alsacienne qui a fui l’Alsace en 1871 pour ne pas devenir allemande, a-t-il raconté. Mon arrière-grand père, devenu grand rabbin de Neuilly, a eu un fils, Robert, qui a épousé une jeune fille catholique dreyfusarde. Rendez-vous compte ! »

Cette histoire familiale, marquée par « l’enchevêtrement des religions », explique que Michel Debré, animé par un « esprit de tolérance », ait défendu la loi de 1959 sur l’enseignement catholique, a dit son fils. Devant les futurs grands commis de l’Etat, il n’a pas oublié de parler de l’ENA et de rapporter la phrase de son père : « Cette école, c’est ma grande fierté ! » « Mon père » disait aussi : « La liberté a besoin d’un Etat qui puisse s’appuyer sur des fonctionnaires qui sachent exercer leurs responsabilités », s’est-il souvenu.

“Une certaine nostalgie de la France”

Pour former une administration qui se substitue à celle du régime de Vichy, Michel Debré avait inventé « la note civique » au concours d’entrée, s’est de son côté souvenu Yves Guéna. Cette note était destinée à valoriser ceux qui s’étaient engagés dans la résistance ou avaient combattu. « Ayant été soldat dans la division Leclerc, j’ai décroché un 20 sur 20. La note était coefficient 5. C’est comme ca que j’ai été reçu », a raconté l’ex-président du Conseil constitutionnel en riant.

A la sortie de la rencontre, le fondateur de l’ENA suscitait des avis mitigés parmi les élèves. « Pour moi, Michel Debré, c’est la loyauté du haut fonctionnaire, c’est l’intégrité de l’homme d’Etat, c’est la droiture, ce sont toutes ces valeurs qui nous poussent à vouloir faire l’ENA », s’enthousiasmait Stéphane Fisch, 22 ans. « Debré, c’est une certaine nostalgie de la France », répliquait, narquois, un de ses camarades de promo. « On se sent petits joueurs face à des hommes comme Guéna ou Debré », confiait admiratif, Quentin Lopinot, 23 ans. « Sur l’Algérie, ses décisions ont été inopportunes », remarquait toutefois Reda Ellorhaoui, lui aussi reçu cette année à l’ENA.

Signe de leur relative distance vis-à-vis du personnage, aucun n’a eu l’idée de proposer le nom de Michel Debré pour baptiser la promo 2012. « En choisissant Michel Debré, on aurait donné l’impression de s’autocongratuler », s’esclaffait Manon Perrière, une des élèves.

suppression du classement

La promo 2012 s’est baptisée Jean Zay. Le ministre de l’éducation nationale du Front populaire avait lui aussi tenté de créer une école nationale de l’administration. « C’était un peu un Michel Debré de gauche », se félicitait Marion.

Une autre sujet animait les conversations dans le hall de l’ENA, lundi : le projet de suppression du rang de classement de sortie. Promise par M. Sarkozy depuis 2008, cette réforme pourrait faire l’objet d’un vote au parlement en février. M.Guéna s’y est déclaré farouchement hostile : « Supprimer le classement, c’est aller tout droit vers un retour au népotisme et au favoritisme », a-t-il confié en marge de son intervention.

M. Debré, lui, s’en est sorti par une pirouette : « Je ne peux en parler. Si le Conseil constitutionnel était de nouveau saisi sur la question, on m’accuserait d’avoir dérogé à mon devoir de réserve », a-t-il expliqué au Monde.

LeMonde.fr

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