« Aéroports de Paris doit rester propriété de l’État: organisons un référendum! »

  • Par Coralie Delaume et David Cayla

TRIBUNE – Le gouvernement ne fait pas l’effort de répondre précisément aux objections de bon sens que soulève la privatisation d’ADP, plaident les auteurs Coralie Delaume et David Cayla*.

Contraint d’engager un référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation du groupe ADP, le premier ministre s’est dit «préoccupé» d’une action qui irait «contre l’expression de la représentation parlementaire». À l’entendre, cette procédure serait «l’instrument d’une obstruction» qui menacerait la démocratie représentative. M. Philippe a raison sur un point. La manière dont s’est déroulé le débat autour de la privatisation d’ADP est bien une atteinte à la démocratie. D’abord, parce que le gouvernement a tout fait pour cacher cette privatisation en l’intégrant à un paquet de privatisations hétéroclites, lui-même adossé à une loi «relative à la croissance et la transformation des entreprises» dont les intentions déclarées (simplifier et redéfinir le fonctionnement des entreprises) n’avaient pas grand-chose à voir avec la vente des principaux aéroports français.

Ensuite, parce que les modalités prévues par cette cession dérogent à tous les usages et semblent n’avoir été conçues que pour tromper le public. Pourquoi parler d’une «concession», ce qui suppose que les infrastructures publiques sont prêtées, mais prévoir que l’État devra les racheter au bout de 70 ans? S’il s’agissait d’une simple concession, le patrimoine devrait être rendu gratuitement. Imposer une indemnisation montre qu’il s’agit en fait d’une vente qui ne dit pas son nom et que les modalités de cette privatisation ont été sciemment choisies pour cacher les véritables intentions de ce projet.

Imposer une indemnisation montre qu’il s’agit en fait d’une vente qui ne dit pas son nom et que les modalités de cette privatisation ont été sciemment choisies pour cacher les véritables intentions de ce projet

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Par ailleurs, l’exécutif fait comme si ADP n’était qu’un centre commercial de luxe et minimise l’enjeu stratégique de cette vente. Pourtant, il s’agit bien des seuls aéroports français qui ont une véritable vocation internationale. Plus de 100 millions de passagers y transitent chaque année. Il est vrai que l’État gardera le contrôle des douanes et des frontières (encore heureux!). Mais la privatisation le contraindra à une cohabitation complexe dans des locaux qui ne lui appartiendront plus.

Autre enjeu dont le gouvernement s’est bien gardé de parler, l’aménagement du territoire. Le groupe ADP possède 6700 hectares de patrimoine foncier situé aux portes de Paris. Pourquoi laisser à un actionnaire privé le soin de décider ce qu’il convient d’y bâtir? Pourquoi ne pas engager une réflexion avec les collectivités locales pour valoriser ce patrimoine dans le sens du bien commun? Enfin, alors que l’on s’interroge sur la croissance des émissions de CO2 liées au transport aérien et sur la nécessité de taxer le kérosène, il est indispensable que l’État garde les leviers qui lui permettent d’agir. Pourquoi les questions environnementales de cette privatisation ont-elles été écartées des débats?

Aucun économiste ne parvient d’ailleurs à défendre l’intérêt de brader des actifs rentables pour racheter des actifs financiers dont le rendement risque d’être bien plus faible.

À entendre l’exécutif, cette privatisation ne serait qu’une simple opération budgétaire visant à financer les innovations de rupture. Pourtant, la Cour des comptes juge cette procédure «complexe et injustifiée». Aucun économiste ne parvient d’ailleurs à défendre l’intérêt de brader des actifs rentables pour racheter des actifs financiers dont le rendement risque d’être bien plus faible. Comment expliquer que le gouvernement soit parvenu à dégager une enveloppe de près de 17 milliards d’euros pour répondre à la crise des «gilets jaunes»… mais qu’il faudrait privatiser trois grandes entreprises françaises pour récolter 250 millions d’euros par an?

Ces questions ont émergé dans le débat malgré les efforts du gouvernement pour les éviter. Pourtant, aucune réponse sérieuse n’y a été apportée. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, en février dernier, de lancer une pétition demandant au ministre de l’Économie de renoncer à la privatisation d’ADP. En quelques semaines cette dernière a recueilli près de 300.000 signataires. Des dizaines de milliers d’anonymes, de citoyens, ont fait part de leur incompréhension et de leur désapprobation. Une mobilisation s’est engagée et a enfin contraint le gouvernement à s’exprimer. Mais au lieu de répondre aux questions qui lui étaient posées il a préféré biaiser et s’entêter dans sa décision.

Dans une démocratie, on ne peut à ce point se cloîtrer dans ses certitudes lorsqu’on entend incarner le pays.

En fin de compte, l’organisation du référendum d’initiative partagée (RIP) n’est rien d’autre que la conséquence du mépris démocratique dans lequel l’exécutif s’est enfermé. Il n’a voulu entendre ni les citoyens, ni les élus de gauche et de droite, ni le Sénat, ni les experts, ni même l’avis de la Cour des comptes. Dans une démocratie, on ne peut à ce point se cloîtrer dans ses certitudes lorsqu’on entend incarner le pays.

Le Conseil constitutionnel a permis que soit lancée une procédure de récolte de signatures qui devrait remettre le projet de privatisation d’ADP au cœur du débat politique. Les citoyens vont donc pouvoir donner leur avis sur une question qui les concerne et dont on a voulu les écarter. C’est une bonne nouvelle! Nous appelons donc l’ensemble des électeurs à signer en faveur de la proposition de loi visant à organiser un référendum pour maintenir ADP dans le giron public.

* Coralie Delaume est essayiste et David Cayla maître de conférences en économie à l’université d’Angers. Ils sont coauteurs de «La Fin de l’Union européenne» (Michalon, 2017) et ont pris l’initiative d’une pétition opposée à la privatisation d’ADP.

 

4 commentaires sur « Aéroports de Paris doit rester propriété de l’État: organisons un référendum! »

  1. Jean-Dominique Gladieu // 21 juin 2019 à 14 h 47 min //

    « Notre » Premier Ministre est quand même quelqu’un d’incroyable ! Selon lui, la démarche en faveur d’un référendum sur le sujet irait «contre l’expression de la représentation parlementaire» et serait «l’instrument d’une obstruction» qui menacerait la démocratie représentative !
    Il faudrait quand même que cet éminent « démocrate » nous explique en quoi l’expression du Peuple serait inférieure, dans la hiérarchie des normes, à celle du Parlement.
    Je ne sais plus quel acteur de la Révolution Française disait que la « démocratie consiste à laisser faire au peuple ce qu’il peut faire directement et à confier au parlement la tâche de réaliser ce que le peuple ne peut pas faire par lui-même ».
    Cette définition indique clairement que la démocratie « représentative » est subordonnée à la démocratie « directe ».
    En effet, il n’est pas possible de réunir le peuple tout entier au même endroit et à la même heure. C’est pourquoi le peuple élit des représentants qui, comme leur nom l’indique, n’ont d’autre but que de le représenter !
    Mais, même dans une démocratie « représentative », c’est le peuple qui garde la main. Et le référendum permet que le peuple s’exprime directement. C’est pourquoi le référendum ne saurait être « l’instrument d’une obstruction » mais constitue au contraire l’essence même de la démocratie.
    D’autant plus lorsque l’objet du référendum porte sur une éventuelle privatisation d’un bien collectif. La moindre des choses serait que le peuple donne son avis sur un projet visant à l’exproprier !

  2. A Jacques PAYEN…vous n’avez rien compris au RIP…;c’est une mesure partagée à endormir et à frustrer celles et ceux qui sont parmi les sinistrés intellectuels précoces viés par le « chérubin du palais » et ses sbires qui confondent toujours bust et moyens ,conséquences et causes !!!!!!!!!
    9 mois pour tuer le temps …et avec ça vous irez où ….à la niche ?

  3. Jacques Payen // 19 juin 2019 à 17 h 31 min //

    Seul un très large soutien au RIP, Référendum d’initiative partagé, peut éviter ce nouveau pillage du patrimoine des français.
    Pour cela la procédure est finalement (assez) simple et accessible depuis une semaine:
    – soit procéder grâce à internet, en tapant  »Ministère de l’Intérieur RIP » et en suivant les consignes de soutien (se munir de sa carte d’identité)
    – soit téléphoner à votre mairie pour connaitre celle de votre secteur habilitée à recueillir les soutiens directement au guichet, et y aller avec vos cartes d’électeur et d’identité.

  4. Ne nous laissons pas abuser par le recours au référendum d’initiative partagée….Dans initiative partagée…il y a PARTAGE…et chez les politicards cela signifie qu’on garde son pouvoir de décision….même si le peuple veut autre chose. Un constat cependant factuel…depuis l’avènement de « chérubin 1er » toutes ses initiatives font FLOP et nous coûtent un pognon de dingue !
    A commencer par le trou de la Sécu qui devait disparaître fin 2019 et qui s’amplifie, la réduction du déficit budgétaire en 2019 qui se traduira par une augmentation, la réforme Ferroviaire et l’amplification des mécontentements des usagers ,la reprise de Whirlpool Amiens et le fiasco social ,la vente d’Alsthom à GE avec la déconfiture annoncée, la réforme du marché du travail et les chiffres du chômage en stagnation (voire bidouillés),les cars Macron et les dépôts de bilan en cascade pour cause de non rentabilité, les conclusions du grand bla,bla,bla show en forme de trappe à souvenirs, la nomination de Mme Loiseau à la tête de la liste LREM aux élections Européennes où l’on a vu ce que l’on a vu ,l’affaire du mariage raté entre Renault Nissan et Fiat, et tant d’autres sujets qui démontrent le bien fondé de la conclusion de Coralie DELAUME :
    « Dans une démocratie, on ne peut à ce point se cloîtrer dans ses certitudes »

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