« Europe, libéralisme, immigration… L’idéologie de Macron est celle des années 1990 ! »

Par Laurent Chalard

Pour Laurent Chalard, le logiciel macroniste est daté. Attachement à l’Union européenne, croyance dans la fin de l’Histoire, dépassement de l’État-nation, l’immigration comme solution à la dénatalité… Le géographe passe en revue les idées de la génération qui a fait ses classes dans les années 1990. Cette analyse appelle à la réflexion dans ces moments particulièrement agités.

Depuis son élection à la Présidence de la République en mai 2017, nos concitoyens semblent avoir du mal à saisir les prises de position d’Emmanuel Macron, qui leur paraissent déconcertantes et souvent complètement déconnectées de la réalité du terrain de la France contemporaine. Or, pour comprendre la psyché d’Emmanuel Macron, à l’origine de sa vision du monde et des politiques qu’il engage, il faut se replonger dans le climat idéologique dans lequel sa pensée s’est construite, c’est-à-dire celle des années 1990 lorsqu’il était adolescent puis étudiant, période de la vie pendant laquelle les fondamentaux d’un individu se mettent en place. En effet, comme beaucoup de bons élèves scolarisés à la même période, Emmanuel Macron a été très sensible aux idéologies véhiculées alors par l’Éducation nationale et les médias.

Le premier élément, d’importance primordiale, porte sur la perception de la nation. À cette époque, l’Union Européenne était présentée comme l’horizon indépassable du futur, dans lequel l’État-nation français n’aurait plus sa place. Dans le cadre de la réunification du continent après la Guerre Froide, il était proclamé la fin du nationalisme, même s’il était en train de détruire l’ex-Yougoslavie! L’Europe devait résoudre tous les problèmes, aussi bien le nationalisme, à travers la création d’une identité européenne globalisante, que la crise économique, à travers l’ouverture des frontières stimulant le commerce entre les pays membres. On évoquait alors l’idée d’un fédéralisme européen, l’Union ayant vocation à terme à devenir un État fédéral comme les États-Unis. Le projet d’armée européenne d’Emmanuel Macron comme son attachement très fort à l’euro s’inscrivent pleinement dans cette optique.

Pour comprendre Emmanuel Macron, il faut se replonger dans le climat idéologique dans lequel sa pensée s’est construite, celle des années 1990.

Le deuxième élément concerne l’économie. Suite à l’effondrement du système communiste en Europe orientale, il paraissait évident que le dirigisme de l’État, incarné par les fameux plans quinquennaux, était dorénavant à proscrire dans un contexte de libéralisme économique triomphant, imposé par les Anglo-saxons, désormais maîtres incontestés du monde. Alors que la France se caractérisait déjà par un chômage de masse, les États-Unis et le Royaume-Uni, qui avaient choisi la voie d’un libéralisme exacerbé dans les années 1980 sous la houlette de leurs dirigeants, respectivement Ronald Reagan et Margaret Thatcher, affichaient de meilleures performances dans le domaine. Si certains experts signalaient que les données fournies par les instituts statistiques de ces pays étaient biaisées et que les inégalités y progressaient considérablement, ils prêchaient dans le désert. La libre circulation des marchandises, la disparition des taxes douanières et la financiarisation de l’économie constituait la base de toute politique. Parallèlement, les transformations de la division internationale du travail conduisant à la désindustrialisation et à la fin de la classe ouvrière dans les pays développés étaient jugées comme irréversibles. Ce prêt-à-penser idéologique explique les fortes convictions d’Emmanuel Macron dans le domaine, qui considère que si la France n’arrive pas à résorber son chômage, c’est parce qu’elle n’est pas assez libérale.

Le troisième élément a trait à la composition de la population. Du fait de la dénatalité de la France constatée depuis la fin des Trente Glorieuses, l’indice de fécondité hexagonal étant passé sous le seuil de remplacement des générations en 1975 avec un point bas atteint en 1993 de seulement 1,66 enfant par femme, l’immigration était perçue comme une chance pour la France. L’accueil de populations étrangères permettait de remplir les besoins en main-d’œuvre tout en correspondant à l’esprit d’ouverture humaniste du pays des Droits de l’homme, même si les banlieues des grandes métropoles, où commençaient à se former les premières concentrations de populations immigrées, subissaient leurs premières émeutes. Le Président de la République reste consécutivement convaincu que la France a un besoin impératif d’immigration pour assurer ses besoins en main d’œuvre.

Emmanuel Macron a bénéficié d’une éducation post-mai 68 peu contraignante, laissant libre choix à l’individu de se réaliser.

Au-delà du climat idéologique dans lequel le jeune Macron s’est forgé sa mentalité, cette dernière est aussi le reflet d’une éducation spécifique, expliquant ses traits de caractère et son comportement, qui le rendent peu sympathique aux yeux des Français. C’est avant tout un enfant gâté. Né en 1977, il est issu d’une génération de parents baby-boomers, qui, grâce à l’enrichissement généralisé des Trente Glorieuses, ont offert à leur progéniture une jeunesse totalement dégagée du souci de l’acquisition des biens matériels. Il a, en outre, bénéficié d’une éducation post-mai 1968 peu contraignante, laissant libre choix à l’individu de se réaliser. En conséquence, les adolescents qui ont grandi dans les années 1990 ont adopté un comportement d’hyper-individualisme, où chaque individu, autocentré, considère qu’il est exceptionnel. Il s’ensuit un manque d’empathie. La réussite est considérée comme le produit de l’effort personnel et non du contexte social dans lequel l’individu a grandi. Pour les «gagnants» de cette génération, les «perdants» ne doivent leur échec social qu’à leur incompétence, d’où un mépris affiché pour ces derniers, qui s’avère terrifiant pour la cohésion sociétale.

Enfin, last but not least, Emmanuel Macron appartient à la première classe d’âge, qui se caractérise par une culture générale limitée. Chose qui peut paraître paradoxale au pays des intellectuels, le niveau culturel du français moyen s’est effondré, aussi bien dans les classes populaires qu’au sommet de la pyramide sociale. À la fin du XIX° siècle ou au début du XX° siècle, la bourgeoisie finançait des fouilles archéologiques ou contribuait à la recherche scientifique, aujourd’hui, elle est propriétaire de clubs sportifs. Cette évolution est le produit de la dévalorisation des activités intellectuelles par les médias de masse, mais aussi par le libéralisme économique, dont la seule valeur est l’argent. Alors qu’auparavant, pour une partie de l’élite, le confort financier n’était qu’un moyen pour assouvir une passion, la discrétion étant de mise pour éviter d’éveiller la jalousie des plus démunis, il est désormais devenu une fin en soi dans une logique de consommation ostentatoire. Le divertissement et l’hédonisme devenus les valeurs dominantes conduisent à la déconsidération de la pratique de toute activité sérieuse. Se cultiver comme lire un ouvrage de réflexion, c’est ringard! Dans ce cadre, il n’apparaît donc guère surprenant qu’un banquier de formation n’accorde que peu d’importance aux réflexions poussées. Somme toute, pour gagner de l’argent, la culture générale ne sert pas à grand-chose…

Le confort financier est devenu une fin en soi dans une logique de consommation ostentatoire.

Européisme, ultra-libéralisme économique, immigration, individualisme forcené, désintérêt pour la culture générale, l’ensemble de ces éléments permettent de mieux comprendre la psyché du Président de la République. Sa principale faiblesse tient à son incapacité à remettre en cause ce qu’il a appris, prouvant qu’il n’est pas si flamboyant intellectuellement que certains courtisans ont voulu nous le faire croire. Il s’inscrit dans une logique de reproduction des idéologies qu’on lui a inculqué dans sa jeunesse, mais n’a aucune capacité d’innovation. Finalement, si Monsieur Emmanuel Macron se présente comme le porte-parole d’un «nouveau monde», il n’est en fait qu’un pur produit des années 1990, qui n’a strictement rien compris aux mutations du monde contemporain. S’il ne change pas de cap, il sera renvoyé dans les poubelles de l’histoire…


*Laurent Chalard est géographe à l’European Centre for International Affairs


 

3 commentaires sur « Europe, libéralisme, immigration… L’idéologie de Macron est celle des années 1990 ! »

  1. Conclusion 1 : notre système d’éducation a été pourri par l’influence politique des enseignants, imposant leurs idées, plutôt que l’Enseignement.
    Conclusion 2 : On ne peut pas diriger un pays avec sa seule perception issue de l’Education, mais avec toute l’étendue de sa culture, acquise par l’expérience.
    Conclusion 3 ; Exit Manu !!

  2. Pis que cela ! Le logiciel de Macron a 40 ans. C’est un jeune président avec de très vieilles idées : l’économie de l’offre portée par les chantres du néolibéralisme de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan qui est battue en brèche par le Brexit et l’élection de Donald Trump.

  3. « Sa principale faiblesse tient à son incapacité à remettre en cause ce qu’il a appris », on peut douter que ce petit parvenu prétentieux et profiteur de la République ait appris quoi que ce soit hors du champ à se faire plaisir en paradant !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*