Yves de Gaulle et son grand-père !

clin d’œil

Soixante ans après le retour au pouvoir du Général, et cinquante ans après Mai-68, son petit-fils évoque sa mémoire dans Mai 1958, le printemps du Général ayant été diffusé le vendredi 18 mai.
  • Votre grand-père arrive au pouvoir en mai 1958, dix ans avant les événements de Mai 1968. Que l’on commémore davantage la révolte étudiante vous désole ?

Yves de Gaulle : Les deux ont une importance, mais qui n’est pas comparable. En mai 1958, tout change : la constitution, le redressement de la France, la décolonisation. En Mai 1968, on a une révolte étudiante, qui est mondiale, et des syndicats qui tentent de la récupérer. Mon grand-père disait : « Mai-68 n’aura aucun lendemain, mais il a de l’avenir ! » De fait, cela a été le début de la déstructuration de la société, avec une génération, la mienne, que le plein-emploi et la croissance ne faisaient pas rêver.

En Mai 1968, lycéen à Saint-Jean-de-Passy, le Général vous demande : « Et vous, les jeunes, que voulez-vous ? »

Quand on lui a dit, avec mon frère, qu’une société en expansion ne nous suffisait pas et que nous voulions vivre « davantage », il a rétorqué : « Je comprends vos aspirations, mais comment je fais, en tant que président, pour traduire cela par des lois ou des décrets ? » Nous étions bien en peine de répondre. Mais il comprenait que la société devait évoluer.

  • Manifestait-il de l’intérêt pour ce qui se faisait, sur le plan culturel, dans les années 1960 ?

Il a été, jusqu’au bout, curieux de la nouveauté. Il adorait être surpris. Et il aimait se distraire. Je me souviens avoir vu en sa compagnie, dans la salle de projection de l’Élysée, les deux premiers James Bond qui, selon lui, modernisaient le film d’action. À la télé, il regardait Au théâtre ce soir et Intervilles et, avec un œil de sociologue, aimait voir les Français, spectateurs, y prendre du plaisir.

Il trouvait aussi que The Beatles avaient du talent.

  • Avant d’être révéré par tous, de Gaulle, dans les années 1960, clivait. Adolescent, avec votre nom, en avez-vous souffert ?

Moins auprès de mes camarades que de certains professeurs qui, sans vergogne, me faisaient sentir leur hostilité.

  • L’été précédant sa mort, en 1970, vous étiez auprès de votre grand-père. Quel était son état d’esprit ?

Sans amertume. Son œuvre était achevée et il avait conscience de faire partie de l’Histoire. Une chose continuait de l’étonner : que la France ne puisse évoluer, se réformer, sans crises. Mais il avait confiance dans les ressources infinies de son pays.

 

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