Les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs

Manifestation de chômeurs et de précaires à Paris, janvier 2013. SIPA. 00651303_000009

Paradoxe français: il est plus facile de trouver un travail quand on en a déjà un !  Si la France a la phobie du chômage, c’est parce que ses entreprises ont la phobie des chômeurs. Elles préfèrent souvent débaucher des employés plutôt que de puiser dans l’important vivier de chômeurs français qualifiés et compétents.

par Martine Le Gall

C’est une question que personne ne semble vous poser. Pourtant, Edouard Philippe, j’ai sous les yeux pléthore de CV de candidats de grande expérience, et dont les compétences professionnelles et les qualités personnelles sont indéniables, en recherche d’emploi. Comment expliquez-vous que les entreprises ne se les arrachent pas ?

Et si on contrôlait le recrutement des entreprises ?

A l’ »offre raisonnable d’emploi » que doivent accepter les chômeurs, pourquoi ne pas opposer un principe de réciprocité, un  » refus raisonnable d’embauche  » aux employeurs. Pourquoi les employeurs ne seraient-ils pas, eux-aussi, suivis dans leurs sélections de candidats recrutés ? Leurs décisions sont parfois arrêtées sur la base d’a priori profondément ancrés dans la société française, comme le fait de croire qu’un candidat débauché serait plus compétent qu’un talent inemployé. Ils privilégient quasi systématiquement les personnes en poste au détriment de celles en recherche active d’emploi qui, dès lors, ne peuvent plus se réinsérer.

Vous vous faites, Monsieur le Premier ministre, le chantre de la fin des tabous. Je vous prends au mot. Qu’attendez-vous pour agir en ce sens plutôt que d’opposer les Français sur leur âge (jeunes/ seniors) ou leur statut (salariés, chômeurs, retraités…) ? Qu’attendez-vous pour oser dire :  » Oui, dans le système actuel, une personne compétente peut se retrouver, pour longtemps, au chômage (2 ans, 5 ans, sa vie restante ?). Oui, les plus méritants sont aussi touchés par ce fléau qui, dans une société culpabilisante, peut, psychologiquement comme physiquement, détruire leur vie  » ?

Le développement de l’auto-entrepreneuriat n’améliore que les statistiques du chômage

Ne me dites-pas qu’en tant qu’ancien maire du Havre, vous n’avez pas rencontré la détresse de ces personnes expérimentées, techniquement compétentes, actives dans leur recherche d’emploi et, pourtant, sur le banc de touche. J’ose espérer que vous n’allez pas dépenser l’argent d’un État exsangue pour les faire contrôler par des conseillers Pôle Emploi n’ayant pas, pour la plupart, leur niveau de compétences !

D’ailleurs, certains d’entre eux ne vous offriront pas cette opportunité : ils sont devenus entrepreneurs (auto-entrepreneurs souvent pour tenter de s’en sortir), un statut convoité par beaucoup de nos concitoyens. Mais ces derniers savent-ils que la moyenne de leurs revenus mensuels est de 490 euros, soit un niveau inférieur à celui du RSA ? La baisse du nombre de chômeurs ne serait-elle pas, en grande partie, le résultat d’un phénomène de vases communicants, les chômeurs devenant des autoentrepreneurs aux revenus quasi inexistants ?

Vaincre la phobie du chômage 

Vous savez qu’il faut fluidifier le marché du travail. Cela ne se décrète pas simplement à coups d’ordonnances. Cela suppose un profond changement de mentalité et de culture en France, notamment au sein des grandes entreprises. En cette période de profonds bouleversements et de transition, il n’y a très probablement pas, à un moment donné, suffisamment de travail rémunéré pour tous. C’est un simple état de fait, au moins à court terme. Il faut l’assumer.

Dans ce contexte, et en laissant de côté l’expatriation en tant que solution, il convient de faire tourner les effectifs pour que ceux, en poste, acceptent d’évoluer en passant parfois par une phase d’entre-deux appelée  » chômage ou formation « , pendant que d’autres, hors-poste, retrouvent un emploi. Ce turn-over qui devrait être naturel est bloqué par la peur du chômage au cœur du système français depuis des décennies. N’est-ce pas de votre ressort de contribuer à vaincre cette phobie ?

Cela ne se fera pas, à mon sens, en opposant les uns aux autres, en ajoutant des mesures coercitives à l’endroit des demandeurs d’emploi, en maintenant des tabous ou en entretenant le déni mais par toujours plus de pédagogie, de courage, en sachant vous entourer de personnes empathiques ayant elles-mêmes déjà vécu des revers dans leur vie professionnelle et prêtes à en témoigner pour transformer la société française. Sans une vision lucide et juste du marché du travail, accompagnée d’un projet social compris et partagé, vos efforts risquent bien de ne pas délivrer les résultats escomptés.


À lire aussi: Emploi : les recruteurs sont-ils tous compétents pour juger si vous l’êtes ?


 

4 commentaires sur Les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs

  1. PHOBIE POURQUOI ?

    Une économiste, parmi d’autres, fait le constat que les entreprises françaises ont la phobie des chômeurs.
    Dans ce cas il faut dire les pourquoi. Car s’il faut attendre que le 1er Ministre réponde au pourquoi du pourquoi, ce n’est pas demain la veille que les chômeurs qualifiés et compétents trouveront un boulot et qu’ils seront fixés sur leur sort définitif.
    Le contenu de cet article n’apporte pas le moindre début d’éclaircissement. On n’avance pas d’un pouce !
    Si c’est une simple peur irrationnelle du fait des employeurs, dans ce cas c’est plus effrayant et inquiétant à résoudre que les problématiques macroéconomiques et de gestion du personnel.
    La phobie relève de la psychiatrie. Quels sont les problèmes pour nos employeurs ? Nos chômeurs sont-ils laids, gros, moches, irrécupérables, bons pour la casse, vieux, fêlés de la cervelle, repoussants, inquiétants, trop cher payés, et quoi encore, alors qu’ils seraient qualifiés et compétents ?
    Il faut être clair, faire un constat sans détours, et avoir le courage de dire s’il vaut mieux songer pour certains demandeurs d’emploi à aller à la pêche plutôt que perdre son temps à attendre le train, à se creuser les méninges inutilement ou faire « areu- areu » avec une tétine personnalisée à la bouche devant le contrôleur de pôle-emploi qui va jouer les hypocrites.
    Allez, un petit peu de courage pour dire la vérité d’homme à homme, mais la vraie et tout le petit monde sera fixé et saura enfin à quoi s’en tenir plutôt que de tourner en rond comme une bourrique, se taper la tête contre un mur en se disant je suis coupable, je suis coupable…je mérite mon sort.
    Quel pays de misère intellectuelle ! Et tout ça pour quelques ronds et une manipulation des statistiques désormais trimestrielles et non plus mensuelles pour éviter au gouvernement à se justifier plus régulièrement!
    Rf 9.4.2018

  2. Le vrais problème dans de nombreux métiers c’est le manque candidats qualifiés ou fiables et compétents!
    Toutes les semaines dans mon activité je pourrai placer des frigoristes, des cuisinistes, des cuisiniers, des serveurs, des bouchers, des charcutiers, des boulangers, des pâtissiers,etc
    Dans l’agroalimentaire ce sont des immigrés qui prennent les emplois loin d’avoir le professionnalisme des anciens!
    Trop de social tue le social!

  3. D’abord, laissons tranquille les entreprises, aujourd’hui elles étouffent sous les contraintes administratives dans un pays où la liberté d’entreprendre n’existe plus qu’au travers de carcans de plus en plus insupportable. Ensuite ne pas mettre sur le même plan les entreprises du cac40, les PME et la petite SARL de l’artisan du coin de la rue comme moi, sur lequel l’administration se décharge de ses tâches et ajouté de nouvelles obligations qu’on est incapable de pouvoir assumer n’étant ni juriste, ni fiscaliste, ni expert comptable, ni spécialistes en droit du travail. Résultats nous devons déléguer ses nouvelles contraintes à notre comptable qui s’en charge moyennant finance. Nous payons donc nos comptables pour faire le boulot qu’une administration délégué … C’est aujourd’hui devenu intenable. Enfin la baisse de la natalité résoudra ces problèmes de chômage d’ici quelques années si l’on ouvre pas plus les vannes de l’immigration entre temps.

  4. Les entreprises ont pris l’habitude de vouloir le beurre, des salariés compétents, formés avec de l’expérience, sans vouloir payer le prix du beurre. A force de faire des cadeaux ( baisses de cotisations sociales ce qui baisse le financement de la protection sociale ) sans vraies contreparties….

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