Référendum 29 mai 2005…

… La France vous dit merci !

 

Le débat qui s’est installé en France depuis plusieurs mois a été réel, puissant et fécond.

Réel, malgré une propension de nos élites politiques et médiatiques à mettre tous leurs moyens en œuvre pour promouvoir le OUI. Puissant, au point que partout, dans les réunions organisées à cet effet, mais également dans les entreprises, dans les familles et dans la rue, l’Europe n’a jamais été aussi présente. Fécond, les arguments des uns et des autres poussant les Français à lire un texte aussi ardu qu’imprécis.

Ce débat a été exemplaire ; les autres peuples européens nous envient et pourraient, à leur tour, exiger plus de démocratie chez eux avant de vouloir la réglementer dans ce super-Etat européen factice que l’on a voulu nous faire valider au travers de cette constitution.

La première conséquence de ce débat a été une forte participation du corps électoral, identique à celle du référendum sur le traité de Maëstricht, identique aussi aux élections nationales, présidentielles en tête. Les Français s’intéressent à l’Europe, notamment quand on leur en donne la possibilité.

Le NON est largement majoritaire. Un NON, ni de droite, ni de gauche, les analyses montrant que la ligne de démarcation entre le oui et le non n’est pas celle traditionnelle des partis. Le NON est un NON populaire, et cette dimension est la plus importante. Il y a donc bien une rupture du lien démocratique entre nos élites et la France profonde.

Il est particulièrement curieux d’entendre certains leaders politiques, notamment Dominique Strauss-Kahn appuyé par Thierry Breton[1], notre Ministre des finances, affirmer sérieusement que face au NON de la France il y eu des OUI dans les 9 pays qui ont ratifié cette constitution. A part l’Espagne dont on peut louer le courage d’avoir organiser un référendum (Large majorité du OUI, mais avec une abstention de l’ordre de 60%), les autres nations ont choisi la procédure parlementaire qui illustre bien le divorce très prononcé entre les appareils politiques et les peuples européens. Les chambres parlementaires Allemandes ont dit OUI, les électeurs allemands ont donné un avertissement à Gerhard Schröder. Les prochains référendums ne feront qu’amplifier ce constat.

La légitimité du Président de la République, du Gouvernement et des parlementaires est largement entamée. Si la France avait adopté un processus identique à celui utilisé par nos voisins, un gouffre se serait creusé entre les représentants politiques et la grande majorité du peuple français. Il n’y aurait eu ni débat, ni intérêt pour l’avenir de l’Europe, ni adhésion réelle. Depuis Maëstricht, dernière occasion où le peuple français a pu s’exprimer sur la construction européenne, l’Europe est restée du domaine exclusif du personnel politique.

Fort de ces résultats, certains demandent la démission du Président ; mais la messe est dite. Jacques Chirac reste. La leçon de démocratie du Général a été oubliée. Certes, Il y aura un nouveau gouvernement. Mais ceci s’avèrera insuffisant si l’impulsion nouvelle proposée par le Président se résume à changer partiellement la photo de famille.

Une autre politique est indispensable. Il faut une autre équipe pour la mener. Comment conserver sa confiance à ceux qui se sont trompés à ce point ? Contrairement à ce qu’affirme Michel Barnier, il y a bien un lien mécanique entre la politique Européenne de la France et la politique gouvernementale nationale. [2]

Il n’appartient pas non plus aux tenants du NON d’aller renégocier avec Bruxelles. Ils ne le réclament d’ailleurs pas. Il faut respecter nos institutions. C’est au Président de la République de le faire, avec son gouvernement et sous le contrôle du parlement. Les partis politiques, quels qu’ils soient, de droite, de gauche ou d’ailleurs, n’ont aucune vocation à le faire.

Ce scrutin n’est pas seulement un NON au projet de constitution. C’est aussi, et avant tout un NON à la politique européenne menée par la France depuis 25 ans. Les Français ont donné un coup d’arrêt à cette Europe de plus en plus technocratique, bureaucratique, fédéraliste[3] , c’est-à-dire déconnectée des réalités nationales.

 

Il faut remettre à plat ce texte et développer un autre plan :

  • simple et compréhensible afin d’aboutir à un consensus le plus large possible,

  • laissant chaque nation s’organiser comme bon lui semble[4] autour de valeurs partagées et dans un environnement délimité géographiquement,

  • favorisant la mise en commun des compétences et moyens pour organiser l’Europe autour de projets qui ne peuvent être menés à terme que par une entente des Etats,

  • pour mettre un terme à cette boulimie normative de Bruxelles,

  • en organisant une politique étrangère réellement indépendante et une défense libérée de la tutelle de l’Otan.

 

Gaullisme.fr s’est évertué à rappeler que le combat du général de Gaulle en 1954 contre la CED, contre cette conception de défense commune fédérale et Atlantiste placée sous la tutelle américaine est le même, à 60 ans d’intervalle, que celui mené aujourd’hui au travers de ce référendum : l’indépendance des nations européennes, et en premier lieu celle de la France.

Jacques Chirac la précisé dimanche soir : « la France s’est prononcée, la France reste dans l’Union Européenne[5], l’Europe va continuer à fonctionner sur la bases des traités antérieurs ». Il n’y a pas de chaos. Le Président de la république nous promet de défendre l’intérêt national[6], en donnant une nouvelle impulsion.

Mais comme l’a justement rappelé Nicolas Dupont-Aignan (le NON de l’UMP), tout est lié : renégociation, nouvelle orientation, statut de la banque centrale européenne, sans oublier la dimension sociale également liée à la politique européenne[7].

La proposition de Valéry Giscard d’Estaing d’organiser une nouvelle consultation des Français en cas de victoire du NON est une provocation indigne d’un ancien Président de la République, aujourd’hui membre du Conseil Constitutionnel[8]. Il est essentiel de rejeter toute démarche tendant à la confiscation du suffrage universel. Les Français ne l’accepteraient pas. Il en est de même avec la tentation de Bruxelles de mettre en oeuvre certaines dispositions relatives au Président du Conseil européen (mandat de deux ans et demi) et au ministre  européen des Affaires étrangères.

 

Ce NON à l’Europe supranationale a donné raison aux gaullistes de conviction. Sans moyens, critiqués honteusement par ceux pour qui la politique est d’abord une affaire de « places » et d’investiture pour les prochaines échéances législatives, mais appuyés par les gaullistes historiques qui se sont notamment regroupés derrière Pierre Messmer, ils ont utilisé le seul outil médiatique encore libre : Internet. Il convient de remercier tous ceux qui ont œuvré à cette réussite au travers des nombreux sites gaullistes et républicains, petits et grands. Puisse ce combat se poursuivre en les rapprochant sans mettre en cause leurs spécificités. Comme pour l’Europe, du moins celle que nous désirons.

Alain Kerhervé

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[1] Il nous a promis des lendemains difficiles, notamment avec les investisseurs étrangers, menaçant au lieu de prendre en compte le résultat du référendum et d’infléchir sa politique.
[2] Michel Barnier a voté la Directive Bolkestein rejetée, suite à la grogne montante, par le Président de la République et par les membres du Gouvernement. En un an, le Ministre Barnier s’est opposé au commissaire européen Michel Barnier. Il y a des moments où le ridicule ne tue plus, puisque Michel Barnier, figure emblématique de l’Europe rejetée massivement par les Français, a fait, au nom du Gouvernement sortant, la tournée des plateaux de télévision pour expliquer que les Français se sont trompés de consultation. C’est de la pure provocation.
[3] Au cours des débats, Jean-Marie Cavada confirme qu’il est bien fédéraliste, comme Mamère, comme Bayrou, comme Hollande, comme Barnier, tous du clan du OUI.
[4] Exemple : personne ne peut admettre que la France ne puisse réduire le taux de TVA des restaurateurs.
[5] Personne dans le camp du NON n’a réclamé la sortie de la France de l’UNION Européenne.
[6] Il prétendait déjà le faire au travers de ce compromis rejeté par les Français.
[7] Près de 70% des lois françaises sont d’origine européenne. Qui peut affirmer encore aujourd’hui que le pouvoir législatif est à l’assemblée nationale ?
[8] Valéry Giscard d’Estaing, mais également Simone Veil, devraient tirer les conséquences de la liberté qu’ils ont prise avec les textes et la plus élémentaire honnêteté politique. Il faut savoir se démettre.

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