Henri Guaino : « L’Europe dont rêve le chef de l’État est artificielle »

Henri Guaino. FC

Les réponses qu’apporte Henri Guaino montrent toute l’ambiguïté et la tromperie de la politique élyséenne portée par le Président de la République. Henri Guaino expose parfaitement le rêve fédéraliste d’Emmanuel Macron et pointe les risques que la France prend en suivant ce chemin. Un texte auquel il convient de se référer dans cette campagne présidentielle « pas à la hauteur des enjeux » comme l’affirme avec bon sens Henri Guaino.
Ainsi, précise Alexandre Devecchio, « pour l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, le programme de la présidence française présenté par Emmanuel Macron est une fuite en avant irréaliste et symptomatique des dérives de la construction européenne depuis des décennies.« 

Bravo !
Alain Kerhervé

Le Figaro.- De l’intervention d’Emmanuel Macron devant le Parlement européen, on retiendra d’abord les attaques très virulentes de plusieurs eurodéputés français dont Yannick Jadot et Jordan Bardella. Était-ce inévitable ?

HENRI GUAINO. – Je m’efforce, autant que possible, de ne pas contribuer aux dérives de cette campagne présidentielle dont le moins que je puisse en dire est que, pour l’instant, elle ne m’apparaît pas à la hauteur des enjeux. Mais il y a des limites que chacun devrait s’imposer de ne pas franchir. Devant le Parlement européen avant-hier, des limites ont été franchies et, en tant que Français, j’en éprouve de la honte. Cet étalement de nos querelles politiques, ces invectives politiciennes devant les représentants de toute l’Union européenne et qui placent ces derniers en arbitres de notre vie publique étaient indécentes, indignes de notre démocratie. Chacun devrait, quelles que soient ses ambitions, s’imposer le devoir de ne pas abaisser l’image de la France sur la scène du monde.

Mais le président de la République y a sa part de responsabilité. Avoir accepté que la présidence française de l’Union interfère avec le calendrier de la campagne présidentielle était non pas une erreur mais une faute dont nous ne faisons que commencer à voir les conséquences quasi inévitables : elle perturbe le rendez-vous démocratique le plus important de notre agenda politique et elle affaiblit la présidence française de l’Europe. La sagesse, le sens de l’État et même le souci de l’intérêt général européen auraient dû conduire la France à reporter sa présidence tournante en échangeant sa place avec celle d’un autre État membre.

Sur le fond, le chef de l’État a proposé un réarmement stratégique de l’Europe qui exigerait une Europe de la défense et un dialogue avec la Russie. Que cela vous inspire-t-il ?

C’est plus inquiétant que rassurant. La défense, comme l’expliquait Malraux, c’est d’abord la volonté de se défendre. Or, en Europe, à part la France, il n’y a pas beaucoup de volontés de se défendre, surtout depuis que le Royaume-Uni est parti. Ne serait-ce que parce que beaucoup préfèrent confier leur sort aux États-Unis et à l’Otan, même si un doute s’installe quant à la force de l’engagement américain. Additionner des renoncements et des impuissances ne nous rendrait pas plus forts mais plus faibles. Où était l’Europe de la défense comme volonté commune quand des navires de guerre turcs sont entrés dans les eaux territoriales grecques ?

Articuler nos politiques de défense, oui, pourquoi pas ? Mais réactualiser le vieux projet de la Communauté européenne de défense (CED) rejeté en 1954 serait désastreux pour notre défense nationale et ne renforcerait pas l’Europe. Le problème, c’est que le projet reste indéfini et que -comme souvent avec la construction européenne- le risque est de mettre le doigt dans un engrenage fatal qui nous mènerait à terme là où personne n’avait l’intention d’aller au départ.

Quant à la Russie, c’est un enjeu crucial, mais sur lequel les Européens sont profondément divisés. Là encore, derrière les grands mots, prenons garde à ne pas nous laisser entraîner là où ne voudrions pas aller, c’est-à-dire à finalement jeter la Russie dans les bras de la Chine.

Emmanuel Macron entend engager une réforme de l’espace Schengen. Est-ce que vous y croyez ?

La priorité, c’est d’abord de reprendre la maîtrise de nos propres frontières, ce qui nécessite que la libre circulation ne soit plus considérée comme un principe absolu. Or l’idée semble être de s’en remettre totalement au contrôle des frontières extérieures de l’Union pour préserver à tout prix la libre circulation entre les pays membres.

Aller au bout de cette logique au lieu de lui apporter des limites, c’est le contraire de ce que nous avons à faire pour garder la maîtrise de notre destin et des flux migratoires. Là encore, la logique de l’engrenage est dangereuse.

Macron s’est présenté comme le défenseur de l’État de droit et a souhaité que la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne soit « actualisée pour être plus explicite sur la reconnaissance du droit à l’avortement ou sur la protection de l’environnement ». Qu’en pensez-vous ?

Encore l’engrenage. On proclame de beaux et grands principes et puis les juridictions en font ce qu’elles veulent. C’est la dérive impulsée par tous ceux qui veulent construire la démocratie par le droit au lieu de construire le droit par la démocratie. Continuons comme ça et bientôt, nous pourrons supprimer les élections qui ne serviront plus à rien : c’est la Cour de justice de l’Union européenne et la Cour européenne des droits de l’homme qui détiendront la quasi-totalité du pouvoir législatif. Tout cela n’est ni réfléchi, ni sérieux, ni responsable eu égard à la crise profonde de nos démocraties.

Au total, comment jugez-vous le programme de la présidence française ?

Comme une fuite en avant dans toutes les dérives de la construction européenne au cours des dernières décennies. Elles sont sous-tendues, à défaut d’être assumées, par l’idée que l’Europe doit se convertir au fédéralisme si elle veut encore peser sur la scène du monde alors que c’est la plus sûre façon d’affaiblir notre continent. On ne créera pas une démocratie et une souveraineté européennes de toutes pièces par la grâce de la règle de droit, parce qu’on ne créera pas de toutes pièces un peuple européen ayant une conscience de peuple. Une fois de plus, les promoteurs de ce projet s’en remettent à la logique des engrenages juridiques, économiques, politiques qui entraînent l’Europe vers des destinations que les peuples n’ont pas validées.

Dans cette construction artificielle contre l’histoire, la culture, la géographie, je voudrais faire une mention particulière pour ce projet de constituer une commission officielle d’historiens officiels pour écrire l’histoire officielle de cette Europe artificielle dont semble rêver le président de la République. Qui parle tout le temps du danger totalitaire ? Le danger totalitaire commence avec la police de la pensée, avec l’histoire officielle, la science officielle, la culture officielle. Ces gens savent-ils ce qu’ils font ?

14 commentaires sur Henri Guaino : « L’Europe dont rêve le chef de l’État est artificielle »

  1. Gilles Le Dorner // 18 mai 2022 à 12 h 46 min //

    nota bene : et le veto , en choix , et en choix de la France à un élargissement en spirale de l’OTAN n’est pas une mauvaise idée

  2. Gilles Le Dorner // 17 mai 2022 à 20 h 18 min //

    Pas artificielle pire . L’agression de l’Ukraine par la Russie est une agression . La couverture par le patriarche de Moscou actuel une façade pour M.Poutine et ou un délire mégalomoyenageux et ou une apostasie. Les réponses courantes sont ce n’est pas bien , beurk Poutine , oui à l’humanitaire et allons-y . Les réponses et attitudes sont géopolitiques entre empires et cette Europe devient empire en son vénéré drapeau étoile du dit camp du bien . Les nations s’éclipsent , on nous parle d’élargissement de l’Europe ou de l’OTAN en immédiateté . Les décisions nous passent au-dessus , on fait semblant d’exister , on regarde ou on suit le conflit comme on regarde Godzilla ou la planête des singes ou des faits divers comme on regardait le bulletin du soir en début de crise Covid . Rien n’est pire que de jouer ou se distraire comme en années un peu folles dans , plus que la folie , l’abomination des abominations qui nous guette . Nous ne manions plus les masses d’armes ou les canons du Bonaparte ni même les V2 d’Hitler . L’équilibre relatif mondial est menacé . La famine aggravée guette aussi et les flux de peuples et les déstabilisations de certains pouvoirs pouvant faire le jeu de résurgences d’autres extrémismes . Non tout ne va pas bien . Les raisons des logiques d’empires et leurs calculs aussi d’empires s’accumulent en plaques tectoniques . Non tout ne va pas bien . Aucun des dits camps n’y sera gagnant de la sorte . La Sagesse semble rejetée comme L’Enfance pourtant Espérance et Jugement . Au point où nous en sommes ….et bien oui Oser la Trêve et prolongée jusqu’en paix même si cela paraît difficile ou dit fou et chamboulant et même en nouvel équilibre en Trêve puis en paix en désarmements mutuels et panser et réparer

  3. A Gilles le Dorner…sortir les dirigeants incompétents, lesquels, le nez sur le guidon ne préparent pas l’avenir des peuples pour un avenir meilleur sous toutes se formes ,serait certainement un plus grand service à rendre à l’Humanité toute entière. On peut rêver !!!!

  4. Gilles Le Dorner // 26 février 2022 à 10 h 33 min //

    en tout respect comme Fidélité , et de la paix civile et civique et de la France et des règles de respect de sûreté de l’Etat aussi

  5. Gilles Le Dorner // 26 février 2022 à 10 h 23 min //

    Sortir c’est un choix . S’asseoir en Trêve d’abord et calmer la spirale des tueries et durcissements . Sortir de cette Europe , sortir de cet OTAN , sortir de cette France , ouvrir une autre Europe et même d’une autre Défense, et avant embrasement qui plane en Damoclès d’un conflit en Asie ou réveil des démonts extrémistes . Sortir c’est un choix et de dire non de nos choix en lecture qui pourrait planer par-dessus nos têtes ou nos échéances électorales du maniement de l’article 16 ou l’article 35 de notre Constitution

  6. Gilles Le Dorner // 24 février 2022 à 20 h 35 min //

    Et ce n’est pas par intérêt ni fiel en jeux ou joutes politiques ou de partis ou politiciens . Gratuité des mots d’Espérance

  7. Gilles Le Dorner // 24 février 2022 à 20 h 30 min //

    PAX Espérance / au pays aussi de St-Jacques et d’Assise de journées comme des quatre chemins et en actes aussi , une « longue marche » , une espérance petite flamme Éternelle pour puiser aussi de Chateaubriand

  8. Gilles Le Dorner // 24 février 2022 à 20 h 09 min //

    Gloire à Toi dont le Prince des rois ou dirigeants qu’il exhorte et des pauvres et de tous les enfants est un Enfant de la mangeoire d’une Crèche puis sur un âne cloué sur la Croix . Espérance combien d’enfants ou autres victimes en actions ou intentions ou omissions des guerres comme des clous renouvelés sur la Croix ?

  9. UMalheur à toi, pays dont le roi est un
    gamin (TOB : Ecclésiaste 10,16)
    La Bible le dit avant de prendre une décision, de s’encager, de construire quoi que ce soit, i1 faut avoir de la sagesse de s’asseoir et de réfléchir, ce que les enfants ne font pas encore, et c’est normal. Ils vivent dans l’immédiateté et réagissent d’instinct or beaucoup d’adultes sont restes tels des enfants, la Bible les nomme fous Comme les enfants, ils réagissent au gré de leurs caprices et du vent de l’opinion. L’homme mûr, lui est un homme Libre, ce n’est pas une girouette qui se laisse guider par ses seuls instincts, par ses envies, ou coups de cœur.
    Ainsi souvent, on dit oui pour faire plaisir ou se faire plaisir mais sans être en accord avec soi-même, c’est le début de la tempête qui vous tirera à hue et à dia.
    n seul commentaire issu du fond des âges :

  10. Gilles Le Dorner // 29 janvier 2022 à 7 h 08 min //

    Je vous remercie de bien vouloir excuser ces deux commentaires , que je ne renie pas , mais/car ils sont hors-sujet du titre de cet article et de l’article et je vous remercie de ne pas les publier . Vivre hors commentaire . G.Le Dorner 77

  11. Bernadet Didier // 24 janvier 2022 à 16 h 28 min //

    Tout cela est fort vrai et en fait, bien connu. Mais pourquoi ne va-t-on jamais au fond du problème pour le dire, l’exposer? Comme on le voit avec les bisbilles au sein du parti LR, la France est divisés entre les nationalistes, disons plutôt patriotes,(1/3) et les « démissionnaires »,(2/3) qui acceptent la tutelle militaire des Etats-Unis par OTAN interposée ainsi que la tutelle financière qui va avec (il sera grand temps de parler de ces gros groupes financiers -récemment Natixis- qui se retirent incidemment du financement de notre Industrie de l’armement). Depuis la fin de la guerre les US font tout pour « éradiquer » notre souveraineté. Les grands groupes financiers plus « puissants » que les Etats (comme Black Rock), ajoutés à l’extraterritorialité de la justice américaine , sonnent le glas de l’Europe en poussant au développement et au management de l’UE. Des chefs d’Etat, comme le jeune Macron, ne sont que les « proconsuls » de cette stratégie. La grande majorité de nos médias pousse à la roue car tous sont sous domination des mêmes circuits financiers. Toutes les preuves existent et sont connues des « défecteurs ». Pourquoi les contestataires ont-ils peur de tout mettre sur la place publique? Pourtant il est plus que temps de franchir le rubicon…

  12. Gilles Le Dorner // 21 janvier 2022 à 20 h 48 min //

    Il ne s’agit pas de routine en analyse , et très bien et « comme vous avez raison » écrirait peut-être Mme Marie-France Garaud d’un quai Anatole France . Et en actes que fait-on présentement ? Que de compétences politiques et non castes gâchées presque au chômage ou en retrait de routine et gâchant potentiellement pour une échéance pour la France si elles n’osaient élever en partage le débat et même épauler , sans diaboliser , aussi / adhérent au RN 77

  13. Malheur à toi, pays dont le roi est un
    gamin (TOB : Ecclésiaste 10,16)
    La Bible le dit avant de prendre une décision, de s’encager, de construire quoi que ce soit, i1 faut avoir de la sagesse de s’asseoir et de réfléchir, ce que les enfants ne font pas encore, et c’est normal. Ils vivent dans l’immédiateté et réagissent d’instinct or beaucoup d’adultes sont restes tels des enfants, la Bible les nomme fous Comme les enfants, ils réagissent au gré de leurs caprices et du vent de l’opinion. L’homme mûr, lui est un homme Libre, ce n’est pas une girouette qui se laisse guider par ses seuls instincts, par ses envies, ou coups de cœur.
    Ainsi souvent, on dit oui pour faire plaisir ou se faire plaisir mais sans être en accord avec soi-même, c’est le début de la tempête qui vous tirera à hue et à dia. Et l’Europe s’apprête à son tour à en subir les dures conséquences d’un p’tit chef parvenu et prétentieux qui a fait les preuves de son inefficacité politique en France.

  14. « PENSER LA GUERRE ET IMAGINER LA PAIX »
    Voilà mon credo et mon dernier livre sur ce sujet qui rejoint les préoccupations de Mr GUAINO. Je préfèrerai une commission de philosophes, philologues, linguistes, religieux, économistes, médecins plutôt que des historiens uniquement dont le monopole de la pensée fait que celle-ci n’est plus toujours inspirée par l’esprit critique, celui de JAURES ? DE MICHELET ou celui de THIERS ? Que de visions différentes J GUISET

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