Michel Barnier provoque la consternation en Europe

Michel Barnier, candidat à l'élection présidentielle française vient de montrer comment on peut détruire sa carrière et son héritage européen, a déclaré Clément Beaune, le secrétaire d'État aux Affaires européennes. (Pascal GUYOT/AFP)*

Les propos sur la politique migratoire de l’ex-négociateur du Brexit en campagne électorale jeudi à Nîmes ont stupéfié les milieux européens. Le candidat à la présidentielle en France semble prêt à remettre en cause les règles et la justice européenne.
Par Catherine Chatignoux (Les Echos)

Alerte rouge sur la planète Europe. L’intervention de Michel Barnier, l’Européen de toujours, ex-commissaire et négociateur hors pair du Brexit, aujourd’hui candidat à la présidentielle en 2022 en France, a déclenché une onde de consternation unanime après les propos qu’il a tenus lors des journées parlementaires des Républicains, jeudi à Nîmes.

Son obsession d’une nécessaire reprise en main de la politique migratoire « incontrôlée » de la France n’est pas nouvelle. Il l’a détaillée dans une tribune publiée cet été . C’est plutôt sa méthode pour la juguler qui a choqué. Il propose de mettre en place un « moratoire » pour mettre « un coup d’arrêt aux dérives, au laisser-aller ». Une « pause de trois à cinq ans » durant laquelle les autorités donneraient un coup de frein aux régularisations « inconditionnelles », au regroupement familial, à la délivrance des visas long séjour, notamment. Concrètement, il appelle à « un référendum » qui serait organisé avec deux objectifs : un « contrôle parlementaire sur les quotas d’immigrés », et « un bouclier constitutionnel » pour « retrouver notre liberté de manœuvre ».

Souveraineté juridique

L’enjeu de tout ce processus serait en effet de « garantir que les dispositions prises […] ne pourront être écartées par une juridiction française au motif des engagements internationaux de la France ». « Nous ne pouvons pas faire tout cela sans avoir retrouvé notre souveraineté juridique, en étant menacés en permanence d’un arrêt ou d’une condamnation de la Cour de justice européenne ou de la Convention des droits de l’homme, ou d’une interprétation de notre propre institution judiciaire », a-t-il lancé jeudi à Nîmes. C’est cette remise en cause inattendue des règles et de la justice européenne qui a déclenché la colère de très nombreux observateurs car ce que veut faire Michel Barnier revient tout simplement à s’exonérer des traités européens et internationaux.

« Ce que propose Michel Barnier est intenable, à commencer par la mise en place d’un moratoire, qui serait immédiatement sanctionnée par l’Union européenne » explique Thibaut Fleury-Graff professeur de droit public à l’université Paris-Saclay. « Un État ne peut s’abriter derrière sa constitution pour se dispenser d’appliquer le droit européen »… (Note de Gaullisme.fr : «et pourquoi pas ? »)

Accords bilatéraux

Le détricotage du droit européen dans le champ migratoire soulèverait des problèmes infinis. « Le droit d’asile, souligne le juriste, relève du droit européen mais il est aussi inscrit dans la constitution française et dans la convention européenne des droits de l’homme ». Il est donc impossible de s’en départir. Les traités européens n’autorisent d’ailleurs un État membre à s’affranchir d’un pan entier de la législation européenne.

Si le regroupement familial est pointé du doigt comme un vecteur privilégié des arrivées en France, il reste très compliqué pour un État de s’exonérer de ses obligations car le droit européen en la matière se double souvent, en particulier en France, d’accord bilatéraux avec les pays d’origine ou d’anciennes colonies, qui facilitent ces mouvements migratoires et se révèlent difficiles à dénoncer.

Visas économiques

Enfin, notent les experts de la politique migratoire, le droit européen n’est pas si contraignant pour les États membres. Il suffit de jeter un œil vers la Hongrie ou la Pologne pour constater que leur appartenance à l’Union européenne n’a pas conduit à un déferlement de migrants. En particulier, les États membres sont entièrement maîtres du nombre de visas qu’ils accordent aux migrants économiques.

Les propositions de Michel Barnier dénotent tout particulièrement venant d’un homme qui vient de passer quatre ans à négocier avec le Royaume-Uni des milliers de règles et de normes que les Européens s’évertuent maintenant à faire appliquer à la lettre par Londres. Celui qui a été unanimement loué pour ses qualités de négociateur sait mieux que personne le rôle central de la règle de droit dans la vie de l’Union européenne. (Note de Gaullisme.fr : donc, M.B. connait bien le sujet, et en conséquence, il sait ce qu’il convient de changer pour retrouver notre souveraineté.)

Ambiance délétère

L’eurodéputée socialiste, Sylvie Guillaume, ne cache pas sa colère : « Les propos de Michel Barnier sont très choquants car ils reviennent à contester la primauté du droit européen sur les droits nationaux. C’est très lourd de sens, politiquement et cela le discrédite complètement ».

Gaullisme.fr le député socialiste nous éclaire : Michel Barnier veut que les droits nationaux priment sur le droit européen. Et Michel Barnier a raison.

L’intervention de l’ex-commissaire européen inquiète d’autant dans les milieux européens qu’elle intervient dans un contexte délétère de contestation de l’autorité européenne dans certains pays. En Allemagne où la Cour de Karlruhe a mis en cause la politique de la Banque centrale européenne et le plan de relance des Vingt-sept. Et surtout à l’est de l’Europe, en Hongrie et en Pologne, gouvernées par des partis ouvertement nationalistes et souverainistes. Les idées de Michel Barnier sont du pain béni pour le gouvernement polonais qui affirmait récemment « ne pas reconnaître » le jugement de la Cour de justice européenne, le qualifiant d’« agression » envers son pays.

Catherine Chatignoux


  • - Gaullisme.fr : ce n’est que l’avis d’un macroniste. Il y a d’autres voies pour l’Europe.

8 commentaires sur Michel Barnier provoque la consternation en Europe

  1. A Louis XIV…. »une partie plus éclairée de l’élite dirigeante de ce pays, a compris qu’il était temps de prendre en charge les aspirations du peuple, « …dans un dé à coudre ces braves gens de la haute se feront vite oublier quand arrivera le partage du gâteau !!!!!!!

  2. Lorsqu’un système commence d’être remis en question et contesté par ses principaux soutiens, c’est le signe que c’est le commencement de la fin. Même en faisant la part de calcul électoral dans ses propos, on se prend à rêver qu’enfin une partie plus éclairée de l’élite dirigeante de ce pays, a compris qu’il était temps de prendre en charge les aspirations du peuple, un peu à la manière de ces nobles de 1789, qui, à rebours des intérêts de leur caste, ont choisi de soutenir le mouvement révolutionnaire.

  3. Jean-Dominique Gladieu // 14 septembre 2021 à 13 h 47 min //

    Sur le fond, Michel Barnier a raison. Mais nous sommes en campagne électorale et il est suffisamment intelligent pour comprendre qu’il existe au sein de l’opinion française un certain scepticisme (voire un scepticisme certain) vis à vis de l’UE.
    Un peu comme Laurent Fabius par rapport au référendum de 2005.
    Maintenant, que ferait MB s’il était élu ? Souvenons-nous du début de la campagne de Jacques Chirac en 1995 avec la fracture sociale. Pendant les premières semaines, son discours était quasi-révolutionnaire. On a vu par la suite qu’il s’est considérablement « assagi ».
    La question semble donc être moins de savoir si Michel Barnier est « sincère » ou non que d’arriver à faire émerger un mouvement souverainiste capable d’influencer durablement et en profondeur la politique de la personne qui sortira victorieuse du scrutin d’avril-mai prochain !
    En l’état actuel des choses, je ne suis animé d’un optimisme béat, les souverainistes étant isolés ou éparpillés dans les différents partis de droite ou de gauche où ils doivent avaler pas mal de couleuvres.

  4. FLOUREUX RENE // 13 septembre 2021 à 17 h 00 min //

    « RESTONS CALMES ! »

    Sans entrer dans un débat sur le fond, M. M. Barnier doit franchir plusieurs étapes pour pouvoir imposer sur le plan constitutionnel une nouvelle souveraineté juridique en matière de politique migratoire pour éviter à la France d’être soumise aux arrêts de la CJUE ou de la CEDH voire d’une sentence prononcée par une juridiction française au motif de ses engagements internationaux : Premièrement, sortir vainqueur de la primaire dans le camp républicain LR et obtenir ainsi l’investiture comme candidat unique de la droite pour l’élection présidentielle de 2022.
    Deuxièmement, être élu Président de la République à la majorité des suffrages exprimés par le peuple Français.
    Troisièmement, présenter, comme il le laisse entendre, un projet de loi constitutionnelle dès le premier tour des législatives et en cas de victoire de la nouvelle majorité, soumettre ce projet au vote des Français par la voie référendaire en septembre 2022.
    Serait mis alors en place un moratoire pour geler l’immigration dans notre pays pendant 3 à 5 ans soumis à une immigration clandestine propice à tous les abus. L’occasion aussi après la crise afghane de discuter avec les autres pays européens d’une politique d’asile commune et des frontières extérieures passoires de l’Europe.
    Dans une tribune de cet été, l’ex-commissaire européen et négociateur du Brexit, déclare que plusieurs centaines de milliers d’étrangers sont à présent installés sur notre sol sans comprendre le Français et sans parfois éprouver le besoin de l’apprendre. Cette immigration subie ne fait que des perdants (…). Le mal français trouve dans cette situation une de ses causes. Le discrédit du politique s’en nourrit. La délinquance et la radicalisation islamiste également.
    Par ailleurs, il veut faire de l’éducation la grande cause nationale du prochain quinquennat.
    L’homme de 70 ans, qui « toute sa vie c’est fait une certaine idée de l’Europe », bercé entre les illusions et les réalités, souhaite « remettre de l’ordre » dans une politique française qui ne fonctionne pas du moins concernant le volet de l’immigration très précisément.
    Parviendra-t-il à franchir toutes les étapes indiquées et sera –t-il entendu ? Car pour le serviteur européen engagé qu’il est, il devra convaincre des armées de sceptiques y compris dans son propre camp pour concilier des idéaux nationaux et européens parfois très contradictoires !
    Rf 13.9.21

  5. Je n’approuve pas, et je crois que c’est une première, votre propos désobligeant envers M. Barnier. L’essentiel c’est ce qu’il défend dans cette campagne présidentielle… et sincèrement, il a raison.

  6. Bravo Barnier . Exemplaire sur ce point. Est-il sincère. Il est indispensable d’imposer ça . Ce ne serait pas la 1e fois que des accords internationaux seraient dénoncés. Les états doivent rester indépendants. C’est même l’intérêt de l’idée européenne. La dérive actuelle, soutenue par la députée socialiste Guillaume correspond à l’idéologie de ces gens-là qui haïssent depuis toujours les nations, surtout européennes. C’est ce qu’ils retiennent du marxisme .  » l’Internationa-a-aleu sera le genre humain  » etc… (phrase d’ailleurs idiote)

  7. Nous sommes étonnés que tout le microcosme politique Européen ,et au delà, s’étonne que Michel BARNIER soit dans sa spécialité : un spécialiste de la glisse !!!! A voir le sommets des Alpes tous les jours ,cela ne peut que lui jouer des tours à cet archi profiteur du Fonctionnariat sous toutes les couleurs !

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