Oui, l’Europe existe, mais elle doit changer.

Le courrier d’Emmanuel Macron aux « citoyens d’Europe« [1] est construit autour de 3 thèmes principaux : 1- « défendre notre liberté« , 2- « protéger notre continent« , 3- « retrouver l’esprit de progrès« . Ce premier billet concerne le second point.

Schengen, le retour

Emmanuel Macron admet, une fois n’est pas coutume, qu’il faut « remettre à plat l’Espace Schengen« .

Combien de fois avons-nous entendu dans un passé très proche (Campagne électorale de 2017) l’expression de certains politiques réclamant avec force une telle démarche et pourtant qualifiés de pour cela de « populistes » et qu’il convenait de mettre au pilori ?

Le parti présidentiel LREM serait-il sensible à l’approche des élections européennes à ce chant si souvent brocardé ? Prend-il réellement en compte les réalités ?

La proposition du Chef de l’État de mettre en œuvre une « même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil… » et ajoute-il « de refus » pourrait, je le souhaite exclusivement dans le cadre d’une politique partagée par délégation et non par transfert de compétence (mais il ne le précise pas), convenir à la France.

Défense européenne

Le texte d’Emmanuel Macron s’appuie, pour ce point, sur une affabulation. « Nous avons montré ce qu’on nous disait inaccessible… était possible » précise-t-il dans sa missive en donnant l’exemple de la « création d’une défense européenne« . Une défense européenne ? Mais elle n’existe pas. Il suffit pour s’en convaincre de bien analyser ses propositions en la matière.

Il veut « un traité de défense et de sécurité » définissant « nos obligations« [2]. C’est donc bien qu’il n’existe pas. Actuellement, pas de défense européenne.

Mais, pour bien marquer son adhésion à l’atlantisme, et malgré le Brexit si dénigré par lui, il souhaite associer « le Royaume-Uni » aux décisions collectives, et pour couronner le tout, sous la contrainte de l’Otan. Comment peut-il faire croire que cela est possible dans ces conditions ? L’armée européenne ne peut se concevoir qu’indépendante des structures militaires partisanes. Il convient aussi de rappeler que des États de l’Union européenne, Pologne[3], Belgique… n’hésitent pas, avec les moyens financiers octroyés généreusement par l’Union européenne (donc avec nos impôts), d’équiper leurs armées de matériels non européens.

Comment le Chef de l’État peut-il ignorer qu’un tel projet de « défense européenne » a déjà existé, mais n’a jamais pu aboutir notamment pour sa soumission à l’Otan[4].

Préférence européenne

Enfin, Emmanuel Macron aborde dans ce chapitre le thème de « la juste concurrence » et se propose de « refonder notre politique commerciale » dans le cadre d’une « préférence communautaire« . Le mot est lâché. Il s’agit bien de « protectionnisme« , habituellement chasse gardée des « partis populistes » « comme ils disent« .

Pour conclure ce billet, affirmons que l’Europe des Nations n’est pas une chimère.

De Gaulle concevait l’Europe comme une construction géographique et historique incontournable. De la Seconde Guerre mondiale à son départ du pouvoir en 1969, il souhaitait que les États qui la composent s’associent et coopèrent étroitement car il voyait en elle un démultiplicateur de leur puissance, en particulier pour la France. Cependant, il s’est toujours montré hostile aux pertes de souveraineté, possible prélude à une vassalisation américaine

Au cours d’une conférence de presse le 15 mai 1962, il précisait : « Il ne peut y avoir d’autre Europe que celle des États en dehors des mythes, des fictions, des parades ».

D’une fidélité inaltérable à l’Homme du 18 juin 1940, Maurice Couve de Murville, Ministre puis premier ministre de Charles de Gaulle, développait « l’existence d’une OTAN sous sa forme actuelle n’a plus de justification et, au contraire, nuit à la construction d’une grande Europe qui doit être une entente entre des nations souveraines qui partagent des intérêts, et modulable au gré des évolutions stratégiques, démographiques et économiques.« 

Alain Kerhervé

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[1] Terme impropre car il n’existe pas d’État Européen. Mais cette expression qu’il emploie intentionnellement dévoile sa volonté d’éradiquer les Nations souveraines.

[2]« Nos » ne veut pas dire celles de la France, mais celles de l’Europe. Du moins, je suppose.

[3] http://www.gaullisme.fr/2018/04/02/la-commission-europeenne-propose-douvrir-lunion-aux-armees-de-lotan/

[4] Projet CED

7 commentaires sur Oui, l’Europe existe, mais elle doit changer.

  1. Pour une Europe des nations, changeons ses dirigeants

    A deux mois des élections européennes de mai 2019, alors même que la question du Brexit soit loin d’être réglée, ce qui ressemble à s’y méprende à un vrai canular, il y aurait selon le Président Français Macron, urgence à changer le papier peint de la chambre à coucher pour un retour au style Renaissance, avant de recevoir la nouvelle mariée dont le visage ne sera dévoilé qu’en toute dernière minute lors de la conférence pour l’Europe d’ici la fin 2019 à en croire sa tribune de mars 2019 publiée dans les 28 pays de l’Union.
    Il serait question de changer soudainement l’Europe en prenant soin toutefois de ne pas trop la définir et de la circonscrire en jouant constamment sur les ambiguïtés.
    Manoeuvre bassement électoraliste derrière des accents de sincérité pour amadouer les poussées populistes en progression dans toute l’Europe, quitte à changer ensuite son fusil d’épaule après les votes et reprendre la main en toute quiétude jusqu’aux prochaines élections européennes. Une belle arnaque en préparation dont nous avons hélas l’habitude.

    Franchement il y en a marre de se faire berner par les mêmes discours, année après année, pour arriver au final à une tromperie sur la qualité substantielle de la chose.
    Comment voulez-vous être enthousiaste en sachant que les mots symboliques et des formules choc sonnent toujours creux comme des coquillages morts.
    Le pouvoir vous distille par ailleurs la peur en faisant constamment croire que le danger vient toujours du camp adverse. C’est du réchauffé même pour les perdrix d’un jour !

    En définitive, il ne faudait surtout pas changer les fondamentaux, quitte pour cela à manipuler à grande échelle les consciences individuelles qui ne voteraient pas dans le bon sens. La démocratie c’est bien, l’orienter c’est mieux avec tous les moyens logistiques et financiers nécessaires en appui car les enjeux planétaires sont gigantesques pour garder la maîtrise totale du jeu diplomatique, stratégique, les puissances de l’argent etc…

    Je donnerai un seul exemple en matière de défense et de sécurité, celui qui consiste pour la France à rester arrimer inconditionnellement comme un caniche à l’Ouest au nom du traité de l’Atlantique Nord et à se faire en outre dicter le montant de ses engagements militaires européens depuis Washington pour satisfaire toujours le même camp qui veut le beurre et l’argent du beurre et garder la mainmise sur notre continent grâce à la duplicité et la docilité des pays européens pour qui les mariages se font et se défont et qui jouent la carte européenne uniquement en fonction des opportunités et de leurs propres intérêts. Autant dire que la souveraineté européenne est une grosse blague !

    Qu’en est-il dans ce cas de l’idéal européen commun dont la propagande nous gonfle les oreilles jusqu’à l’otite aiguë, et face à cela de l’engagement de chacune des nations européennes pour le bien commun du continent dont le destin prémonitoire se résumait ainsi pour le Général de Gaulle il y a près de 50 ans :

    « A quelle profondeur d’illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en former qu’une seule ? (mémoires d’espoir 1970)

    Rf 24.3.2019

  2. Une fois encore on se trompe de sujet et le « chérubin du palais », l’orgueil du parfait petit parvenu chevillé au corps, n’est pas le dernier à confondre buts et moyens, conséquences et causes avec ses sbires marcheurs de travers prompts à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. L’Union européenne existe puisque tel est son nom emprunté à l’origine géographique des Etats qui la composent. L’Administration quotidienne de ce « bazar » ayant été confié par les dirigeants et chefs de gouvernements qui le composent à des « virtuoses du parler vrai pour ne rien faire des sérieux, efficace et durable »,( la plupart recyclés au niveau à Bruxelles et à Strasbourg en « récompense » de leur incompétence managériale démontrée dans leurs pays d’origine), ce « bazar » est avant tout la conséquence des incompétences rassemblées au plus haut niveau de son organisation. « le chérubin du Palais » ,en prophète à cents sous, viserait-il à en devenir le Président ? Son orgueil en sortirait flatté et les peuples pourraient à nouveau défiler dans les rues sous la pluie des canons à eau et/ou dans les fumées des gaz lacrymogènes !!!!

  3. Jean-Dominique Gladieu // 11 mars 2019 à 9 h 58 min //

    Oui l’Europe existe … mais telle qu’elle existe, il faut la supprimer !
    Car espérer la transformer en une Europe des Peuples me parait de plus en plus vain. Il faudrait (dans l’hypothèse où un mouvement Souverainiste unifié accède au pouvoir en France) obtenir l’assentiment des 26 autres pays au même moment. Même s’il faudra quand même faire la démarche.
    Par contre, nouer des contacts et des solidarités avec d’autres gouvernements Souverainistes et assortir de l’UE avec eux pour fonder une autre instance de coopération fondée sur l’Indépendance nationale de chacun, c’est plutôt raisonnable.

  4. Flamant rose // 8 mars 2019 à 19 h 21 min //

    Bien qu’il m’ait profondément déçu, j’ai tout de même voté pour François Fillon en 2017 et avec le recul (quitte à me faire « incendier ») je ne peux pas regretter ce choix. Nous aurions eu la TVA sociale à la place de l’augmentation de la CSG, nous n’aurions pas un président ultra fédéraliste, nous n’aurions pas les traités de libre- échange TAFA et CETA, l’application en France sur la directive concernant les travailleurs détachés aurait été soit renégociée soit suspendue, etc…

    Emmanuel Macron a été élu, nos concitoyens doivent assumer leur vote et arrêter de pleurer.

  5. JP Delaisse // 8 mars 2019 à 12 h 25 min //

    Plus on avance dans le temps, en laissant faire cette clique, plus ce sera dur d’en sortir, autrement qu’en claquant la porte !
    Le France aura connu des passages beaucoup plus tragiques que cela, et s’en est toujours bien sortie la tête haute, plus forte, plus respecté, et plus écoutée !!
    Donc, claquons la porte, d’une façon ou d’une autre, mais sans ces gens-là.

  6. Chers amis
    La position prise par Macron quant à la migration me semble tres inquiétante. Pour faire bref il veut évidemment transférer la définition des critères à l’Europe, et surtout le contrôle des questions migratoires à une « police commune ».Ceci est sans comparaison avec ce qui existe déjà et en particulier Frontex qui ne vient que si on l’appelle.
    Ne vous trompez pas, il s’agit d’un transfert de pouvoir qu’il espère faire adopter dans l’émotion de la prochaine vague migratoire et qui s’appliquera aussi aux migrations économiques.
    La police commune c’est encore beaucoup plus intégrationiste que la monnaie unique.

    Etienne Tarride

  7. Le chérubin du palais » qui piétine sur le front des « gilets jaunes  » et conduit la France de travers depuis trop longtemps s’arroge le culot de se présenter comme un prophète pour l’Europe !
    Et les moutons minoritaires de cette France sinistrée intellectuelle précoce qui n’y voient rien, sont sourds, et au QI social au ras des pâquerettes, vont applaudir !!!

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