Frappes en Syrie : analyse critique d’une faute géostratégique !

par Jacques MYARD, Membre Honoraire du Parlement,
Maire de Maisons-Laffitte et Président du Cercle Nation et République

Les forces armées françaises sur ordre du President de la République, chef des Armées, ont effectué des frappes ciblées sur des installations militaires syriennes le 14 avril dernier. Ces frappes sont justifiées, aux dires du gouvernement, « en représailles » à l’utilisation d’armes chimiques à la Ghouta le 7 Avril.

Dans sa conférence de « débriefing » du 14 avril, la ministre des Armées a visiblement voulu minorer ces frappes en insistant sur la nécessité de passer à la phase de négociation ; c’est d’ailleurs ce qu’Emmanuel. Macron a confirmé dans la foire d’empoigne avec les deux polémistes hier soir(Dimanche 15 avril 2018)[1].

Malheureusement pour la France les conséquences sont tout autres qu’une simple frappe, et nous allons devoir faire face à des conséquences diplomatiques et géostratégiques néfastes.

Pour la première fois, la France a délibérément violé la Charte des Nations Unies qui interdit d’utiliser la force militaire contre un État sans un mandat du Conseil de sécurité (Chapitre VI de la Charte) ou sauf cas de légitime défense, individuelle ou collective (article 51 de la Charte).

L’utilisation unilatérale de la force entre dans le champ d’application de la Cour pénale internationale que la France a ratifiée, c’est un crime de guerre !

Macron a justifié ces frappes au nom de la théorie reconnue par le droit international des représailles, mais les représailles sont tolérées que lorsqu’un État est victime d’une attaque elle-même effectuée en violation du droit international et y répond. En l’occurrence, la France n’a pas été attaquée par la Syrie !

L’utilisation unilatérale de la force par trois États membres permanents du Conseil de sécurité est d’ailleurs d’autant plus grave et inadmissible que ces États ont plus que tout autre l’obligation de respecter la Charte en raison des privilèges qu’elle leur confère !

De plus E. Macron parle de ces trois États – France, Etats-Unis et Royaume-Uni – comme représentant la Communauté internationale ; c’est là une ineptie qui va faire plaisir au 190 autres États membres de l’ONU !

La réalité est tout autre, on assiste au retour du concept de la guerre juste et de l’idéologie des néo-conservateurs, mise en avant par les Américains pour intervenir en Irak et y créer le chaos qui dure encore aujourd’hui.

Macron apparaît sous son vrai visage, celui d’un atlantiste convaincu au mépris des intérêts de la France, son image est désormais fortement détériorée dans de très nombreux pays !

Macron a violé non seulement la Charte de l’ONU mais ses obligations – moins connues – qui découlent de la Convention de l’interdiction des armes chimiques signée à Paris le 13 Janvier 1993 et entrée en vigueur en Avril 1997.

En effet, cette Convention prévoit tout un dispositif en cas de violation de ses obligations ; l’article XII stipule :

«  Si la situation est particulièrement grave, la Conférence ( des États Parties ) porte la question, y compris les informations et les conclusions pertinentes, à l’attention de l’Assemblée générale des Nations Unies et Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies. « 

L’une des annexes de la Convention prévoit les modalités des inspections, c’est ce qui en cours maintenant après les frappes…

Mais en dehors du droit international délibérément violé par ces États qui s’érigent en Gendarmes du monde, se croyant encore à l’époque des canonnières où ils étaient les faiseurs de rois, ils vont devoir faire face aux conséquences géostratégiques de leur action unilatérale.

Il est fort à parier que nombre de pays pour se protéger et sanctuariser leur territoire décident de se doter d’armes nucléaires. On se souvient que les dirigeants nord coréens ont clairement dit aux Américains qu’ils voulaient l’arme nucléaire pour ne pas subir le sort de l’Irak de Saddam Hussein !

Les frappes sur la Syrie ne sont pas que des frappes techniques ; lorsqu’on utilise la force dans les relations entre États, il faut savoir en peser toutes les conséquences, certes immédiates, mais surtout à moyen et long terme !

En l’occurrence, elles ne font que commencer !

Jacques MYARD


[1] Interview de Macron par Plenel et Bourdin


 

10 commentaires sur Frappes en Syrie : analyse critique d’une faute géostratégique !

  1. Une « faute géostratégique » selon Mr Myard, mais encore faudrait-il que le « chérubin du palais » ait autre chose en tête que le paraître et l’arrogance des prétentieux !

  2. « notre cher Général a accepté, ô combien, que se rallient à lui tous les patriotes qui y adhéraient »…Bien entendu, mais les gens adhéraient aux objectifs du Général, pas à un parti. Ce n’est pas comparable.

  3. Jean-Dominique Gladieu // 17 avril 2018 à 9 h 35 min //

    Comme toujours avec Jacques Myard, analyse fort pertinente de la politique internationale.
    Juste un petit point de détail toutefois : l’auteur écrit que « pour la première fois, la France a délibérément violé la Charte des Nations Unies qui interdit d’utiliser la force militaire contre un État sans un mandat du Conseil de sécurité ».
    Est-ce bien la première fois ? Il me semble qu’en 1999, l’OTAN n’avait pas de mandat du « machin » lors de l’agression contre la Yougoslavie (à laquelle la France -ou plutôt le gouvernement français- s’est associée).

  4. Latini Jacques // 16 avril 2018 à 18 h 58 min //

    Macron… n’a aucune expérience internationale dans la diplomatie ni dans le respect des autres.

  5. Jacques Payen // 16 avril 2018 à 18 h 44 min //

    M. Myard dit vrai.
    Il s’agit d’une énorme faute géostratégique, et par conséquent…politique.

    Sauf à vouloir qu’elles le soient dans la rue, les fautes politiques se sanctionnent, dans notre pays, dans des élections.

    Les prochaines, dans un an, sont particulièrement appropriées à une lourde sanction, si possible, puisqu’elles concernent cette Organisation de plus en plus opaque qui se fait appeler l’Europe, en appendice à la structure guerrière de l’Otan.

    Alors amis gaullistes, que fait-on ? On continue à ratiociner, à énoncer des impossibilités d’alliance, des anathèmes, des exclusions, à doser les exécrations des uns pour les autres ? On se résout à la fragmentation de la mouvance républicaine et souverainiste, une fois de plus ? Fragmentation qui nous condamnera à faire, une fois encore, de la figuration… et à ne pas sanctionner M. Macron et ses godillots mentalement asservis au Maître américain ?

    Petit rappel qui parlera à tous ici : sur la base d’une « plateforme » qui s’appelait « continuer la guerre avec nos alliés et, pour finir, la gagner » notre cher Général a accepté, ô combien, que se rallient à lui tous les patriotes qui y adhéraient. Tous. Qu’ils viennent de l’extrême-gauche d’alors ou de l’extrême-droite d’alors. Tous, sans exclusive !

    Chacun le sent : il y a péril et urgence ! Et nous devrions, au moins, tirer profit des leçons de cette histoire partagée qui nous est si chère.

  6. Paul Agratey // 16 avril 2018 à 17 h 41 min //

    J’ai honte pour notre pays !., la politique internationale du dandy Macron est aux antipodes du Gaullisme, il nous classe au rang de supplétif soumis et docile d’une Amérique va-t’en-guerre qui divise pour régner et notamment pour découpler définitivement l’Europe de la Russie en faisant de cette dernière notre nouvelle ennemie. C’est une erreur historique, majeure et impardonnable qui engage et entraine à nouveau notre continent dans la confrontation, la course aux armements au profit de complexe militaro-industriel, aux restrictions budgétaires accrues. Macron veut ignorer que la Russie, notre grand voisin, fait partie intégrante de notre continent commun, pas l’Amérique bien à l’abri dans sa citadelle de l’autre côté de l’Atlantique. Quant aux Anglais, n’oublions pas qu’ils seront toujours du côté des Américains leurs seuls amis et alliés, lesquels nous utilisent à leurs profit mais en réalité nous méprisent … à juste titre d’ailleurs, puisque nos gouvernants sont méprisables !!..

  7. Je ne comprends pas bien ce commentaire!

  8. La nouvelle hiérarchie des normes onusiennes

    Le nouveau conseil de sécurité de l’Onu est désormais composé d’un nouveau triumvirat de justiciers que sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France qui imposent désormais au monde entier l’application leurs propres règles du droit international.
    Quelle image exemplaire des nations unies, ces trois pays pourront-ils relayer à présent sur la planète toute entière, s’ils considèrent que désormais la force de quelques pays tous puissants aura une légitimité supérieure au droit international.
    La force doit être au service du droit et non l’inverse.
    Rf 16.4.2018

  9. Manque juste la photo d’un p’tit gazé pendant qu' »on porte la question ». Ah oui, c’est vrai, c’est tous des menteurs…sauf moi. Ca grouille scribouille grenouille.

  10. Je suis contre toute intervention de la France dans ces histoires glauques et insolubles !
    Qu’on s’occupe plutôt de pacifier les « quartiers » en France….

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