« Euro : vers la fin de la monnaie unique ? »

pierre-de-lauzun

Pierre de Lauzun, après de nombreuses années à la Direction du Trésor où il a travaillé avec Jean-Claude Trichet, ancien directeur général délégué de la Fédération bancaire française, est actuellement délégué général de l’Association française des Marchés Financiers (AMAFI).

 Préface de Jacques Myard

En 120 pages, Pierre de Lauzun nous explique avec clarté, précision et une totale objectivité le rôle de la monnaie dans l’économie.

Celle ou celui qui n’est pas expert en la matière peut ainsi comprendre l’importance d’avoir une monnaie adaptée pour conduire la politique économique et permettre la croissance. C’est à ce titre que Pierre de Lauzun pose la question de l’euro. Fallait-il créer l’euro ? L’euro a–t-il atteint ses objectifs ? L’euro peut-il être réformé ? Peut-on sortir de l’euro ?

À chaque question, Pierre de Lauzun apporte des éléments de poids qui obligent tout esprit honnête à la réflexion pour dépasser le « politiquement correct ». Oui, la création de l’euro a été une décision politique et une erreur au regard des réalités économiques, en raison de l’absence de zone économique optimale, la zone euro étant formée d’économies de plus en plus divergentes. L’euro a, cependant, fait illusion dans un premier temps. Il a été jusqu’à la crise de 2010 une sorte d’anesthésiant, masquant le dysfonctionnement de la zone caractérisée par l’impossibilité de conduire une politique monétaire adaptée : elle n’a pas été assez restrictive pour les pays d’Europe du Sud qui fabriquaient des bulles immobilières et pour l’Allemagne, sa santé industrielle lui a permis d’accroître ses réserves à la suite des réformes du Chancelier Schroeder.

Puis vient la crise en 2010 dans le sillage de la crise américaine de 2008 qui révèle au grand jour ce que signifie l’absence de zone économique optimale. Les obligations assimilables du Trésor (OAT) grecques ne sont pas les OAT allemandes ou françaises, les taux des pays du Sud s’envolent, ces États sont pris au piège et ce, d’autant qu’il y a une grande absente dans la zone euro : la solidarité.

Toute union monétaire, en effet, construite sur une zone économique divergente ne peut survivre que si elle se transforme en union de transferts, les riches payant pour les pauvres, comme le souligne le professeur Stiglitz dans son dernier ouvrage. Or l’Allemagne qui a fait ses comptes dit non. Il ne reste alors pour les pays du Sud, qui ne peuvent dévaluer pour retrouver leur compétitivité, que la dévaluation interne, véritable purge où les salaires, les retraites sont diminuées afin de réduire la dépense publique, purge qui se poursuit encore aujourd’hui, 6 ans après la crise.

Une autre solution eût été la sortie de l’euro, ce que le ministre allemand Schäuble souhaitait fortement pour la Grèce et ce que Tsipras refusa par volonté de rester dans l’euro.  Je me souviens que Valéry Giscard d’Estaing avait dit à notre ambassadeur à Athènes qui doutait que la Grèce puisse entrer dans l’Union européenne en raison de ses difficultés économiques : « On ne fait pas jouer Platon en deuxième division. » Exemple de pure idéologie comme pour l’euro.

Mais que va devenir l’euro ? Peut-on en sortir ? Va-t-on poursuivre la politique d’aujourd’hui ? Peut-il survivre ?

Hors de toute idéologie ou desiderata politique, avec une précision de chirurgien qui manie le scalpel, Pierre de Lauzun analyse toutes les options.

Franchir un cap et opter résolument pour une fédération ? Cette solution est irréaliste car elle exige un budget fédéral très important pour opérer des transferts tout aussi importants et Berlin n’en veut pas !

Doit-on sortir de l’euro ? La question est posée mais elle est délicate sur le plan technique, elle ne soulève pas de problème juridique majeur pour la dette française qui, de droit français à plus de 99 %, serait transformée en franc-euro. Mais si la France est seule à sortir de l’euro, il y a un risque de sortie de capitaux et de spéculations. Agir par surprise ? Il n’est pas sûr que cela soit possible. Dissoudre la zone euro d’un commun accord, cela serait envisageable mais exige une décision à 18…

Il est certain que l’euro est devenu un problème pour l’Europe ; la question de sa survie est posée et il n’est pas à l’abri d’un accident politique.Par honnêteté intellectuelle, Pierre de Lauzun ne croit pas que cette sortie de l’euro soit envisageable du moins dans les circonstances actuelles tout en appelant à des réformes structurelles pour la France de façon à atténuer notre perte de compétitivité et retrouver plus d’autonomie dans la définition de notre destin.

J’en terminerai par une anecdote lors d’une rencontre avec le président de la BCE Mario Draghi à l’Assemblée Nationale. Je l’ai félicité sur son courage d’être à la tête du Titanic puis je lui ai demandé combien de monnaies uniques se sont disloquées. « Depuis Jésus-Christ, me dit-il, beaucoup ». « Non, Monsieur le Président, lui-ai-je répondu, depuis un siècle seulement, une cinquantaine » …

À suivre, mais surtout à lire !

Jacques Myard, Député de la Nation
Maire de Maisons-Laffitte
Président du Cercle Nation et République « 

9 commentaires sur « Euro : vers la fin de la monnaie unique ? »

  1. Il n’y a pas de sortie légale de l’Euro sans sortie de l’UE par l’article 50 du TUE.

    https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-168028-frexit-est-il-juridiquement-possible-de-sortir-de-leuro-2075138.php

  2. La critique est facile, l’art est difficile.

  3. GENTY Jean Claude // 31 mai 2017 à 19 h 56 min //

    Qui allez-vous accueillir dans cette future nouvelle « maison » ?
    Et quels sont vos futurs combats ? Quelle forme va prendre cette nouvelle structure ? Pour quoi faire ? S’agira-t-il de lutter efficacement contre cette union européenne qui nous ruine et sous domination allemande incontestable ?
    Je ne braque aucunement, mais je vous sent bien « tiède », M. Kerhervé.
    Ce n’est que mon opinion, bien sûr.

  4. Pourquoi vous braquer contre « les gaullistes déclarés » (on ne sait pas qui vous visez par cette formule). Il ne suffit de vous braquer, mais il serait bien plus utile d’aidez ceux qui veulent rétablir une véritable maison afin de partager nos futurs combats.

  5. GENTY Jean Claude // 27 mai 2017 à 19 h 53 min //

    Tout le monde, ou presque (sauf les eurolâtres)s’accorde à considérer que l’euro est une mauvaise chose. Et puis, de bla bla en bla bla, cahin caha, on conserve ce poison parce que les soit-disant élites ne peuvent se dédire. Alors quoi ? les Gaullistes déclarés, ils blablatent aussi ? Que font-ils ?

  6. Ronie Griscot // 26 mai 2017 à 0 h 13 min //

    Platon ou Platini ?

  7. Changer les valeurs affichées sur le thermomètre des monnaies est à l’Euro ce que tout record du monde olympique est aux distances annoncées suivant le système métrique….peut importe l’unité de mesure car la performance du 1er arrivé reste la performance du 1er arrivé .Reste à savoir si les pays de la Zone Euro ,la France en particulier, veulent arriver Ier et le peuvent en l’état des concurrences mondiales ?

  8. Voilà le retour du monstre du Loch Ness.

    Que l’on prenne le sujet par tous les bouts, les rhétoriques restent toujours les mêmes. On ne cesse de tourner en rond année après année quand il s’agit d’aborder la question de l’euro.
    Il y a problème, on pense trouver la solution, puis on se heurte à une impasse qui empêche tout changement. C’est le constat de l’impuissance. L’immobilisme à tous les étages.
    On ne va quand même pas continuer à tergiverser pendant des années sur un sujet pour lequel les travaux de nos plus illustres économistes mondiaux sont ignorés ! Il serait grand temps de faire le ménage une fois pour toute au lieu de nous bassiner les oreilles. Des responsables politiques français de droite comme de gauche et au-delà de nos frontières sont responsables des dysfonctionnements du système actuel.
    Mais à quoi ont donc pensé nos éminences grises avant l’introduction de l’euro ? Sont-ils des incompétents, des irresponsables, des fous, des idéologues amateurs ou tout à la fois ? On se pose moult questions après coup après les tempêtes jusqu’à l’ouragan final. Près de 20 ans après la création de l’euro il serait peut-être temps de faire le ménage et de dire stop ou encore une fois pour toute sur notre sortie ou non de l’euro. Qu’on nous foute la paix ensuite.
    Il n’y a pas de débats sur le sujet qui reste une affaire de spécialistes, retirés entre quatre murs. C’est chasse gardée.
    Le temps passe, les problèmes demeurent sur d’autres sujets également.
    Le politique a supplanté dès le départ l’aspect économique et financier du sujet. Nous voilà à présent tous coincés dans une nasse à poisson pleurant comme des madeleines sans trouver la moindre solution à nos problèmes liés à l’euro. S’il faut attendre ensuite l’unanimité des pays pour avancer vers une solution pacifique on ne s’en sortira jamais.
    Par conséquent soit l’euro mourra de mort lente naturelle, soit comme le pensent certains, il y aura une Europe à deux vitesses avec peu ou prou un début d’éclatement de l’Europe politique ou alors par un effet domino des chutes en cascade qui n’épargneront aucun pays de la zone euro et de l’U.E.
    Quand il s’agira ensuite de passer à la caisse, j’exigerai comme des millions d’européens piégés et cocufiés par ce montage, devant les rideaux fermés de nos banques, la conversion de chacun de mes euros en francs français. Je rappelle qu’il fallait convertir pour avoir 1 euro, 6,55957 de nos francs le 1.01.2002, jour de mise en circulation des euros. Il ne s’agit pas de se faire doubler une deuxième fois après un deuxième fiasco, s’il doit avoir lieu, par une baisse puissante de notre pouvoir d’achat et une fonte de nos capitaux durement gagnés.
    Sur ce point c’est le silence presque total lors des débats et pour cause. Le sujet est trop tabou car comment annoncer la reculade et ses effets ? C’est donc pour l’instant la fuite en avant !

    René Floureux 22.3.2017

  9. Jean-Dominique GLADIEU // 22 mars 2017 à 17 h 25 min //

    La présentation de Jacques Myard donne vraiment envie de lire le livre.
    Sous réserve de changer d’avis après l’avoir lu, je voudrais d’ores et déjà apporter deux commentaires.

    . 1) « Si la France est seule à sortir de l’euro, il y a un risque de sortie de capitaux et de spéculations »
    Qu’est-ce qui empêcherait alors le gouvernement français de prendre des mesures (au besoin très sévèrement répressives) contre la fuite des capitaux et la spéculation ? Bien sûr, cela supposerait que le dit gouvernement soit attaché à la souveraineté nationale !

    . 2) « Par honnêteté intellectuelle, Pierre de Lauzun ne croit pas que cette sortie de l’euro soit envisageable du moins dans les circonstances actuelles tout en appelant à des réformes structurelles pour la France de façon à atténuer notre perte de compétitivité et retrouver plus d’autonomie dans la définition de notre destin ».
    Mais ces réformes ne peuvent être menées que dans le cadre d’une négociation à 18. Or il est peu probable que tous les membres de la zone euro aient la même volonté de réformes et fassent l’unanimité à ce sujet.
    Il faudrait donc bien envisager alors un plan « B » et une fronde contre Bruxelles et l’euro. Ce qui pourrait conduire à casser les institutions européennes de façon à ce que soit respectée la souveraineté des pays qui le souhaitent. Par conséquent, même si ce n’est peut-être pas a priori la meilleure solution, on ne peut pas écarter l’éventualité d’un retrait de la zone euro voire d’un « Frexit » pur et simple.

    Ces points de détail mis à part, j’adhère pleinement au discours de Monsieur Myard.

    Bien amicalement à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*