Relations France – URSS

Réponse à M. Khrouchtchev – 30 juin 1960

 

Monsieur le président,

Je viens, comme vous me l’avez demandé dans votre lettre du 26 juin, d’examiner « avec compréhension et sans parti pris » les considérations que vous y avez exposées.

Il me faut vous dire, tout d’abord, que certaines de ces considérations m’ont affecté et même quelque peu choqué. Vous avancez, en effet, que la position de la France sur la question du désarmement, telle que je vous l’ai indiquée au cours de nos entretiens de mars, et que je l’ai formulée dans mes déclarations publiques, a été, par la suite, changée. Or, il n’en est rien. Aujourd’hui, tout comme hier, c’est le problème des véhicules des armes atomiques qui parait, à la France, essentiel.

Le fait que le gouvernement soviétique ait mis ce point de vue en avant dans le nouveau plan de désarmement qu’il a proposé à Genève correspond donc par lui-même à notre conception. Mais cela ne saurait signifier que la France approuve tout l’ensemble de votre plan qui comporte beaucoup d’autres clauses et, au surplus, prévoit, pour ce qui concerne les conditions à appliquer aux fusées et aux avions susceptibles de transporter des armes atomiques, des dispositions très différentes de celles que j’avais envisagées lors des conversations de Paris et de Rambouillet.

La France n’adopte donc pas le nouveau plan soviétique tel qu’il est. Mais en conclure, comme vous le faites, que j’aie changé de position n’est à aucun degré justifié. Encore moins l’est-il d’avancer que c’est sur l’intervention d’autres gouvernements que j’en viendrais à me contredire.

Voici quelle est la position française, une fois de plus précisée.

Il faut commencer le désarmement par le désarmement nucléaire et, ce désarmement-là, il faut le commencer par quelque chose qui soit efficace et qui soit pratique. Or, aujourd’hui nous savons, et sur ce point nous sommes tous d’accord, qu’il est déjà devenu difficile, sinon impossible, de contrôler l’élimination totale des charges et des bombes nucléaires et leur reconversion. Trop de stocks existent et il serait trop aisé d’en dissimuler tout ou partie. D’autre part, détruire toutes les fusées et tous les avions et empêcher qu’on en construise d’autres paraîtrait vraiment excessif et, par conséquent, inapplicable, en notre siècle qui est essentiellement celui des avions, des fusées et, déjà, des satellites.

Par contre, une mesure reste, semble-t-il, possible et cette mesure peut être capitale : interdire que les fusées et les avions « stratégiques » transportent des charges et des bombes nucléaires et qu’ils comportent les dispositifs nécessaires à un tel transport -, faire en sorte que cette interdiction soit respectée grâce à un contrôle approprié établi sur les bases et sur les rampes de lancement où qu’elles se trouvent. Si, comme nous, Français, le croyons, de pareilles dispositions se révélaient praticables, il faudrait les mettre en œuvre rapidement, afin que l’évolution de la technique ne nous amène pas au point où ce contrôle deviendrait, à son tour, illusoire ou impossible. Un grand pas serait ainsi fait vers l’utilisation des « véhicules » à des fins exclusivement pacifiques. Telle est la voie que la France a proposée et qu’elle propose encore.

C’est dans cet esprit que le représentant français à Genève a posé à votre délégué certaines questions précises concernant le contrôle, questions qui n’ont pas reçu de réponses puisque la discussion a été brusquement interrompue de votre fait.

Vous parlez, à présent, monsieur le président, de porter la discussion du désarmement devant l’Assemblée générale des Nations unies. Cela était prévu de toute manière et, d’ailleurs, se reproduit chaque année. Mais vous savez comme moi qu’on ne peut étudier de tels problèmes de manière pratique que dans le cercle beaucoup plus restreint des pays principalement intéressés et techniquement compétents. C’est vrai, de toute évidence et avant tout, pour ce qui concerne le domaine nucléaire, autrement dit le principal. Il faudra donc, à mon avis, que nous reprenions, un jour ou l’autre, le débat entre participants beaucoup moins nombreux que ceux de l’Assemblée de New York. J’ajoute que le plus tôt sera, sans doute, le mieux.

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