L’Europe de l’Atlantique à L’Oural

 

La formule est tirée du discours prononcé à Strasbourg en novembre 1959 : « Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! » L’expression cheminait depuis longtemps dans ses interventions – ainsi le 16 mars 1950 : « L’atmosphère européenne serait changée de l’Atlantique jusqu’à l’Oural », ou, le 12 novembre 1953 (voir vidéo ci-dessous) : « [en 1945], je n’oubliais pas que l’Europe va de Gilbraltar à l’Oural. »

Employée à maintes reprises par la suite, cette expression a une formidable portée politique. En pleine guerre froide, à une époque où la bipolarité est un des grands principes organisateurs de la vie internationale, elle suggère une remise en cause de l’ordre établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale et une posture particulière face au grand allié américain. Elle conduit à s’interroger sur la sortie du conflit Est-Ouest et sur la réunification du Vieux continent. Evoquer une Europe qui s’arrête à l’Oural, qui n’est une frontière ni politique ni culturelle, revient à proposer d’amputer l’URSS des deux tiers de son territoire. Si les Soviétiques n’ont guerre dénoncé cette formule dans laquelle ils ont vu avant tout une contestation de la présence américaine, ils ont cependant demandé des éclaircissements par voie diplomatique.

De Gaulle refuse la division de l’Europe « artificielle et stérile » qui est « le pire mal de notre époque ». Sa volonté de modifier le statut quo rejoint ici le sens profond qu’il a de l’Histoire. Parce qu’elle est une réalité historique et géographique, l’Europe ne peut se réduire à sa partie occidentale. Le projet gaullien correspond à une grande ambition internationale : au sein d’une Europe réconciliée, à nouveau maîtresse de son destin, la France redevient, face aux Etats-Unis, un acteur central de la vie internationale. Il est aussi un grand projet d’équilibre et de paix. L’Europe de l’Atlantique à l’Oural inclut l’URSS ou du moins la Russie, car c’est à elle que de Gaulle se réfère le plus souvent, convaincu que les idéologies et les régimes passent alors que les Nations demeurent. Elle implique une réconciliation franco-allemande et un règlement du problème allemand pouvant aller jusqu’à la réunification. Les questions russe et allemande sont ici liées : lorsqu’elle ne sera plus ni totalitaire ni expansionniste, l’URSS contribuera à l’équilibre indispensable à la Paix.

 

 

 De Gaulle et la CED

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