La supranationalité européenne a échoué, faisons confiance aux nations

Une Europe des nations

Par Jean-Pierre Chevènement

Le principe d’une autorité supérieure aux États membres de l’Union européenne est désormais rejeté par les peuples du Vieux Continent, argumentent les auteurs*.

Nous avons connu l’Europe balbutiante, puis l’Europe triomphante, le temps est maintenant venu de l’Europe affaissée que même les coups de boutoir d’un Trump ne réveillent pas. À ces phases d’une « construction » dont le ciment est aujourd’hui irrévocablement fissuré ont correspondu de la part des peuples d’abord l’indifférence, puis la résignation (« c’est l’Europe »), enfin le rejet. Une seule certitude aujourd’hui : l’Europe ne va plus de soi. Trente années de dérégulation sur le marché et de mise sous contrôle des politiques nationales ont rendu ce constat aveuglant.

Le plus préoccupant dans l’affaire est l’incapacité de la classe politique dans son ensemble à répondre à cette nouvelle « crise de la conscience européenne ». Les principaux partis de gouvernement se taisent ; ils ont enfin compris que l’invocation à « l’Europe mieux expliquée », à « l’Europe des projets », à l’Europe à laquelle « il faut redonner du sens », tout cela est dépassé. Mais ils n’osent franchir le pas vers une vision nouvelle.

« Depuis ses débuts, l’Union européenne nourrit à l’endroit des peuples une méfiance hautaine et fait de la Commission son auxiliaire technocratique, son agent réfrigérant des passions démocratiques »

En face d’eux, les casseurs d’Europe prédisent un avenir de tumulte : dénonciations désordonnées et improductives, confondant dans un même opprobre le tout marché et l’immigration incontrôlée, chez le Front national. Insoumission fondée sur la révolte des peuples chez Jean-Luc Mélenchon comme si la seule désobéissance aux règles et directives les plus choquantes tenait lieu en soi d’horizon politique.

Dans un appel lancé il y a quelques mois à la suite du Brexit, nous avions appelé à la réunion d’une conférence sur le modèle de la Conférence de Messine en 1955. Nous rappelions ce simple fait que, à la faveur de la crise, les peuples se réveillent d’une longue duperie politique. Nous disions que l’Europe ne suit pas un rêve de puissance politique et d’indépendance stratégique. Depuis ses débuts, elle nourrit à l’endroit des peuples une méfiance hautaine et fait de la Commission son auxiliaire technocratique, son agent réfrigérant des passions démocratiques. Aujourd’hui, six décennies plus tard, le vice contractuel entre les peuples d’Europe et les institutions apparaît dans sa vérité crue. Il faut donc revoir de fond en comble le contrat. Il faut le faire en gardant à l’esprit le triple objectif que dessine en creux le rejet populaire : une Europe démocratique, prospère, indépendante.

Union nouvelle

Comment y parvenir ? Nous appelons aujourd’hui les chefs d’État et de gouvernement élus d’ici à la fin de l’année en France, en Allemagne, en Italie à lancer une invitation aux pays constituant le nouveau cercle fondateur : il serait composé des principaux pays membres en population et en PIB. Il s’agirait de réunir une conférence refondatrice – pourquoi pas à Rome ? – qui poserait le socle de l’Union nouvelle. Son objet serait de redéfinir les principes essentiels fondant les institutions et les compétences de cette Union, principes qui seraient ensuite soumis au vote populaire par référendum – pourquoi pas le même jour ? – dans chaque pays refondateur.

« Ne nous résignons pas à laisser la crise de l’Europe faire de celle-ci un continent à la dérive dans un monde où se nouent les grands enjeux de demain »

Cette conférence des refondateurs redéfinirait en profondeur la vocation des principales institutions actuelles de l’Union européenne : un Conseil des chefs d’État et de gouvernement, seule autorité chargée des grandes décisions avec droit de veto de chaque membre, un Parlement composé de délégations de parlementaires de chaque pays, une Commission chargée de la seule exécution des décisions du Conseil et du Parlement, une Cour de justice chargée d’arbitrer non d’imposer. La conférence déciderait aussi des domaines dans lesquels les compétences de l’Union seraient exercées : politique agricole, énergétique, recherche… La question de l’Europe de la défense serait quant à elle subordonnée à la ferme volonté d’une indépendance de l’Europe. À défaut de ce choix commun, devraient être envisagées des alliances partielles au cas par cas.

À l’issue des référendums approuvant cette refondation, des conventions composées de membres de gouvernements et parlements nationaux déclineraient le traité nouveau, en prévoyant le passage du système ancien avec sa réglementation foisonnante au système nouveau.

Ne nous résignons pas à laisser la crise de l’Europe faire de celle-ci un continent à la dérive dans un monde où se nouent les grands enjeux de demain. Ne laissons pas la génération qui vient dans un bateau ivre, conduit par des courants venus d’ailleurs. Est-ce trop demander à l’heure où la France va décider pour cinq ans de son destin ?

* Jean-Pierre Chevènement, Marie-Françoise Bechtel, Éric Conan, Franck Dedieu, Coralie Delaume,Éric Delbecque, Estelle Folest, Jean-Pierre Gérard, Christophe Guilluy, Emmanuel Lévy, Michel Onfray, Jean-Philippe Mallé, Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, Claude Revel et Paul Thibaud.

 

8 commentaires sur La supranationalité européenne a échoué, faisons confiance aux nations

  1. Arnaud Ducourthial // 26 mars 2017 à 2 h 03 min //

    L’europe sans la France ne serait plus l’Europe. Je pense que la France, grand pays, a une carte forte à jouer. En effet à nous de dicter à quelles conditions nous voulons continuer dans l’Europe et je rejoins les commentaires ci dessus. Mais nous devons mettre nos voisins au pied du mur. L’Europe on la refonde ou on la quitte. A ce moment là, l’unanimité ne pèsera plus lourd dans la balance, car beaucoup de nos voisins aurait tout à y perdre. Alors là il sera temps de mettre en place la refonte de l’Europe, pour créer l’Europe des nations, faute de quoi l’Europe ne sera plus qu’un vague souvenir, et ça, je ne pense pas que les autres soit près à prendre le risque de voir partir la France.

  2. Vous avez tord. On peut modifier l’organisation de l’UE pour l’orienter vers une Europe des Nations comme le voulait le général de Gaulle. Sortir la FRance de l’EU sans autre forme de procès est dangereux pour nous et pour la place de la France dans le monde.

  3. Gilles Le Dorner // 25 mars 2017 à 8 h 15 min //

    C’ est bien pour cela , en rappel du vote Non du référendum de 2005 , que les choix ou les engagements auraient du , devraient et doivent se rassembler en ce scrutin de la présidentielle . Qu’ est ce qu’ une nation ? Voulons nous rester une nation ? Acceptons nous que l’ on efface peu à peu la Constitution de la cinquième république ? Acceptons nous que le vote de 2005 reste bafoué et falsifié ? Il est consternant qu’ un peuple souvent électron libre voire turbulent ou parfois excessif jusqu’ à être presque ingouvernable ou parfois de ce fait aussi mal gouverné se soit installé dans une sorte d’ apathie ou de sommeil de dégoût ou d’illusions peut être noyé de distractions ou d’ idoles comme en jeux de César . Oui il est consternant ce silence de l’ acceptation comme en complicité du viol ou du bâillon de notre souveraineté , en forfaiture du traité de Lisbonne , et que l’ on ait voté en 2005 aussi bien oui que non . Mais il faut être conciliant aussi . Voilà pourquoi de simples électeurs s’ expriment et patientent encore , espérant encore un réveil , sans violence ni heurts ni extrêmes ni esprit de revanche , mais d’ une claire lecture et d’ un juste respect de la Constitution de la cinquième , même si ce réveil doit bousculer les traditionnels clivages du dit système et les égos ou partis de droite ou de gauche . Juste respect d’ un scrutin et d’ un vote . Voilà pourquoi la construction européenne , qui devait être , comme voté et choisi en 2005 , issue des nations et être et rester compatible avec le sens d’ une ou des nations , nous ramène aussi en ces jours comme à contretemps et par le non respect depuis 2005 et dans les dérives et les fissures et le malaise dans le mensonge en partage et les fragmentations par les non dits qui s’ ensuivirent , voilà pourquoi la construction européenne nous ramène aussi et encore en notre nation au respect qui est encore du , en partage et liberté et devoir et depuis la liberté de choix et de fondation exprimée aussi naguère par un vote , à notre Constitution . Non , la cinquième république n’ est pas reniée ni à bout de souffle ni périmée , elle a le mérite d’ être claire et brève , bien pensée et s’ accordant à l’ idée d’ une nation et de la stabilité d’un régime politique et d’ un Etat de Droit dont a bien besoin une nation , en l’ occurrence la France . Et ce n’ est pas être nationaliste ni figé dans un texte ni adepte d’ une autarcie ; défendez en ce sens la nation et nation munie de sa Constitution , et vous la verrez revivre et faire fondre les charlatans en nébuleuse mosaïque d’ en marche comme les spectres réels du front et extrême spectre de droite . Les raisons d’ espérer , encore , des ralliements sans plus d’ égos et à la candidature de M. NDA

  4. Le principe d’une autorité supérieure aux États membres de l’Union européenne est désormais rejeté par les peuples du Vieux Continent, argumentent les auteurs*.

    donc dans ces conditions une seule solution = sortir le plus vite possible de l’UE , par l’article 50, comme les britanniques ont l’intelligence de le faire! et non pas comme Messieurs Melechon et Dupont Aignan qui proposent de renégocier les traités ce qui a 28 est impossible !

  5. Jean-Dominique GLADIEU // 24 mars 2017 à 15 h 32 min //

    Mr. Kerhervé : je suis bien évidemment d’accord avec vous sur le fait que la France peut se passer de l’unanimité mais il faudra passer outre la « législation » européenne. Et pour que la France retrouve sa grandeur, il faudra bien remettre « l’Europe » à sa place.

  6. Je pense sérieusement que si la FRANCE propose une organisation différente, on peut se passer de l’unanimité, car sur le fond, il faudra bien identifier des Nations moins intégrées que d’autres et donc ayant un pouvoir bien plus important… Il faut redonner à la France sa grandeur !

  7. Jean-Dominique GLADIEU // 24 mars 2017 à 11 h 02 min //

    Assez d’accord, en ce qui me concerne, pour lancer un réflexion à partir de ce texte.
    Une remarque cependant : pour modifier le fonctionnement actuel des institutions européennes, il faut l’unanimité. Autant dire que ce n’est pas acquis d’avance ! Dans ces conditions, on peut rêver d’une Europe idéale mais il faut bien envisager l’éventualité d’une rupture toujours possible.

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