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Merci
à vous toutes et à vous tous d’avoir répondu si nombreux à notre
invitation commune.
La preuve est faite, s’il en était besoin, qu’il ne faut pas hésiter
quand il y a urgence à bousculer les frontières politiques
traditionnelles.
Il ne s’agit en aucun cas ni pour Jean-Pierre Chevènement ni pour
moi-même, ni pour nos invités, de renier ce que nous sommes.
Il ne s’agit pas non plus pour vous, militants républicains du Mouvement
Républicain et Citoyen, ou militants gaullistes de Debout la République,
d’oublier ou de rejeter vos orientations politiques. Il ne s’agit pas
davantage d’occulter nos différences.
Il s’agit, comme dans tous les moments graves de notre histoire
nationale, de rassembler les volontés et les énergies parce que
l’essentiel est en jeu.
Mes amis, la République et la démocratie, ne sont ni de gauche ni de
droite. L’Etat n’est ni de gauche ni de droite. La Nation n’appartient à
personne. La France est la propriété de tous les Français, et plus
encore de toutes celles et tous ceux qui veulent la défendre !
Pour ma part je me retrouve complètement dans ce propos du Général de
Gaulle (rapporté par Alain Peyrefitte) : « Etre gaulliste c’est être de
gauche et de droite à la fois, vous voyez ce que je veux dire, à la
fois ! C’est être passionné et raisonnable, mais en même temps ! »
Alors mes amis, mes compagnons, mes camarades, à l’image de Pierre
Lefranc, dont la présence est un réconfort pour nous tous, soyons
passionnés ensemble, soyons raisonnables ensemble.
Et puis enfin à ceux qui ne veulent pas sortir de leurs tranchées
partisanes nous répétant sans cesse que le moment n’est pas venu, j’ai
envie de répondre : « mais ouvrez donc les yeux ! qu’attendez vous
encore ? »
La gauche caviar et la droite libérale travaillent ouvertement main dans
la main au gouvernement pour liquider cette « certaine idée de la
France » que nous servons chacun à notre façon, génération après
génération, depuis tant d’années… et nous devrions rester passifs dans
nos coins respectifs à gérer nos petites boutiques ?
NON, ce n’est pas sérieux. Quand l’essentiel est en jeu, il faut savoir
se lever. Or c’est bien l’essentiel qui est en cause aujourd’hui.
Pour moi, comme pour vous, je le sais, l’Etat, la République et la
Nation forment un bloc. La démocratie est indissociable de la
souveraineté populaire et qu’on le veuille ou non, cette dernière ne
peut s’exercer que dans le cadre de la Nation.
Alors oui ce qui est en cause aujourd’hui c’est bien le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes.
Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est bien la survie de la France comme
Nation libre de choisir son mode d’organisation républicaine et sociale
comme sa politique étrangère.
Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est la nature de l’Europe que nous
voulons bâtir et, à travers elle, notre vision du monde de demain.
Oui mes amis, c’est bien parce que je tiens à la démocratie, à la France
et à l’ Europe, je pourrais dire parce que j’aime la démocratie, parce
que j’aime la France, parce que j’aime l’Europe, que je me battrai
jusqu’au bout et à vos côtés, contre ce traité scélérat européen qui
est, vous le savez bien, la copie conforme du traité Giscard rejeté par
le peuple français, et à une très large majorité, le 29 mai 2005.
Je veux tout d’abord m’adresser aux démocrates, aux vrais, pas à ceux
qui se disent démocrates et qui font tous le contraire. A ceux qui
placent au-dessus de leurs propres convictions le respect de celles
d’autrui.
A ceux-là mêmes qui ne partagent pas obligatoirement notre vision de
l’Europe, ceux qui ont voté oui le 29 mai 2005 mais refusent de biaiser
avec la démocratie lorsqu’elle ne donne pas le résultat qu’ils en
attendent.
Je leur dis très franchement : vous devez résister avec nous à cette
nouvelle tentation des élites de court-circuiter le peuple en faisant
adopter cette « Constitution bis » par le Parlement.
Vous me permettrez un parallèle : en matière judiciaire la préméditation
est une circonstance aggravante.
Or pour ce traité, je le répète scélérat, la préméditation est avérée,
entière, transnationale. Elle est cynique et brutale.
Elle l’est d’autant plus que ceux qui nous regardaient avec
commisération avant le 29 mai 2005 savent aujourd’hui que nous sommes
majoritaires. Le peuple est avec nous ! Pas seulement les 16 millions
d’électeurs qui ont dit non il y a deux ans, mais les 45 millions de
citoyens français collectivement solidaires d’une loi de la majorité qui
s’applique à tous et à chacun, humble ou puissant.
Imaginez une seconde quelle aurait été la réaction de ceux qui veulent
aujourd’hui une ratification parlementaire, si un président de la
République avait décidé juste après son élection, par exemple en 1995,
de soumettre au Parlement l’abrogation du traité de Maastricht et le
retour au franc !
Alors oui, l’objectif des manipulateurs est limpide : pour imposer leur
mauvaise Europe, il leur faut violer les peuples, à commencer par le
plus libre d’entre eux depuis 1789, le peuple français.
Souvenez-vous ! Au lendemain du référendum, les dirigeants européens
n’ont jamais cherché à comprendre les causes de ce rejet populaire pour
corriger leur projet, mais ils ont préféré jouer la politique du pire.
Aidés en cela par les élites (qui se sont senties clairement désavouées
tant elles avaient pris parti pour la Constitution Giscard), ils ont
tout fait pour culpabiliser les Français de leur choix.
Deux années d’hypocrisie et de mensonge pour faire croire que l’Europe
était en panne par la faute des Français et des Néerlandais alors qu’à
l’inverse, bien sûr, le vote du peuple n’a fait que traduire l’impasse
dans laquelle le piège supranational comme les politiques économiques et
sociales menées depuis Maastricht ont plongé l’Europe.
Pire encore. Alors que la belle idée européenne est censée réconcilier
les peuples, ils les ont opposés en caricaturant les Français en moutons
noirs du continent. Mais il suffit de voyager, d’écouter, de regarder
pour comprendre que la coupure n’est pas entre les Français et les
autres européens, mais entre les peuples et leurs élites sourdes et
aveugles à leurs préoccupations.
Lech Walesa n’affirmait-il pas au lendemain du NON français : « un jour,
ils remercieront les Français ». Toutes les enquêtes ont démontré
d’ailleurs que si des référendums avaient eu lieu dans les autres
grandes nations, le résultat aurait été le même qu’en France. Et Nicolas
Sarkozy lui-même l’a reconnu dans les salons feutrés du Parlement
européen, le 13 novembre dernier en osant dire tel que cela a été
rapporté « si l’on faisait des référendums, le NON l’emporterait
encore ».
Mais la culpabilisation ne suffisant pas, les dérives des politiques
monétaires, budgétaires, commerciales ou de la concurrence s’aggravant,
les dirigeants européens ne se privèrent pas d’enfoncer le clou. A la
massue d’ailleurs, plutôt qu’au marteau ! La méthode Coué tint alors
lieu de politique. Monsieur Barroso osa ainsi affirmer devant la
représentation nationale, l’un des temples de notre démocratie : « je
suis convaincu que le soutien de l’opinion publique [française] en
faveur de la modernisation des institutions que prévoit le projet de
traité constitutionnel viendra en son temps. »
Surtout si on ne consulte pas le peuple !
Madame Merkel est même allée jusqu’à menacer à mots couverts le peuple
français d’une exclusion de l’Union européenne.
Mais il leur fallait quand même trouver un complice en France.
L’élection présidentielle a été l’occasion d’une manipulation sans
précédent des esprits.
Le candidat Sarkozy a eu l’habileté de faire campagne en dénonçant les
dérives qui avaient conduit au rejet de la Constitution Giscard (l’euro
cher, la concurrence déloyale, le démantèlement des services publics)
reprenant d’ailleurs systématiquement notre discours et nos arguments.
Le candidat Sarkozy a juré la main sur le cœur devant des millions de
Français lors du débat télévisé de l’entre deux tours avec Ségolène
Royal que pour lui, je le cite : « la Constitution européenne est
morte ». Comme des millions de Français, j’ai eu, c’est vrai, la
faiblesse d’ y croire. De croire que son « mini-traité » serait sinon
une réconciliation, à tout le moins un compromis honorable entre le oui
et le non, comme le promettait d’ailleurs Nicolas SARKOZY lui-même. Dans
ce cas de figure, la ratification parlementaire aurait été, à la
rigueur, acceptable.
Malheureusement une fois élu, tout en continuant d’ailleurs ses
diatribes contre l’euro cher, les délocalisations ou l’entrée de la
Turquie pour brouiller les cartes, le nouveau Président a tout de suite
donné son accord pour ouvrir de nouveaux chapitres de négociations
d’adhésion de la Turquie et surtout a signé ce traité scélérat qui est
la copie conforme de la Constitution Giscard.
Nicolas SARKOZY a déterré et ressuscité la constitution européenne qu’il
avait promis d’enterrer pour toujours.
Ce tour de passe-passe politico médiatique inouï est d’autant plus
dangereux pour notre démocratie qu’il s’est accompagné ensuite d’une
campagne sans précédent de dissimulation, pour ne pas dire de
désinformation.
« Le traité est simplifié, l’Europe est sauvée ». Cette ritournelle
reprise en boucle n’avait qu’un objectif : endormir les Français pour
mieux faire accepter une ratification parlementaire indigne de notre
république. Le président de la République a tort de se retrancher
derrière son engagement d’en passer par la voie parlementaire. Chacun
comprendra qu’il y a un monde entre un vote parlementaire sur un
« mini-traité » réellement consensuel, et un passage en force du
Parlement pour imposer une Constitution-bis !
Non seulement les Français étaient trahis mais de surcroît ils ne
devaient pas le savoir !
Le double langage porté à ce niveau de cynisme et de mensonge relève
d’un art que je reprouve.
Monsieur le Président, vous qui affirmiez le jour de votre entrée à
l’Elysée : « le peuple français ne veut pas que l’on décide à sa place
et par-dessus tout ne veut plus que l’on pense à sa place », comment
pouvez-vous refuser de consulter les Français par référendum sur un
texte identique à celui qu’ils ont rejeté deux ans avant par
référendum ?
Monsieur le Président, vous qui osez dire à Strasbourg devant le
Parlement européen : « l’Europe se fera avec les peuples, elle ne se
fera pas sans eux, elle ne se fera pas contre eux », comment pouvez-vous
organiser un coup de force contre la volonté populaire et même vous en
vanter devant les dirigeants européens ? Les Français ne seront pas
dupes longtemps. Il ne s’agit pas d’un traité simplifié mais d’un
véritable coup d’Etat simplifié.
Il est vrai que vous n’êtes pas le seul dans le pays à vouloir ainsi
vous passer du peuple. Aussi étrange que cela puisse paraître (et preuve
que le cynisme est la chose la mieux partagée à gauche comme à droite),
votre adversaire à la présidentielle Madame Royal s’est évanouie. En
trois petits coups de cuillère à pot, au détour d’une interview fleuve
consacrée à sa stratégie de conquête de l’appareil PS (qui comme chacun
sait, passionne les foules), elle a glissé en catimini six misérables
petites lignes expliquant sans l’expliquer que le référendum n’était
plus une question de principe digne d’être défendue ! Toute honte bue,
la promesse d’un référendum n’était donc qu’un leurre de plus ! Et
malheureusement seuls quelques femmes et hommes de gauche, libres et de
convictions, se lèvent aujourd’hui pour exiger une consultation
populaire.
Malheureusement certains qui avaient voté NON rentrent aujourd’hui au
bercail partisan, laissant penser d’ailleurs que leur NON du 29 mai
s’apparentait davantage à une posture politicienne qu’à une conviction
profonde…
Ce déni de démocratie, cette instrumentalisation de parlementaires, de
sinistre mémoire, sont acceptés sans sourciller par la très grande
majorité de la classe politique, médiatique, économique.
Pourquoi ? Pour la raison très simple qu’une partie de la classe
dirigeante française ne croit plus à la capacité de la France à mener sa
propre politique, de choisir démocratiquement son destin dans le
contexte de la « mondialisation clochardisation » d’aujourd’hui.
Le contenu du traité ne choque pas bon nombre de nos dirigeants, et tout
au contraire les arrange car il signe la fin de l’indépendance,
c’est-à-dire de la responsabilité politique devant le peuple avec ses
risques et ses périls.
Il est tellement plus simple de s’en remettre à d’autres pour
définitivement aligner la politique de notre pays sur la leur.
Il est tellement plus simple d’épouser le « laisser faire-laisser
aller » général, habillé d’une mythologie européenne en carton pâte qui
n’a rien à voir avec la belle idée européenne de départ.
Il est tellement plus simple de parler que d’agir.
Il est tellement plus simple d’escamoter le débat et même carrément la
démocratie, pour laisser les intérêts gouverner.
Il est tellement plus simple de se faire les chantres de la « BOF
Génération » !
Simple mais dangereux, très dangereux tant les conséquences peuvent être
lourdes pour le pays et périlleuses pour ceux qui s’accommodent de la
servitude.
Car vous le savez tous, si nous sommes rassemblés ici pour réclamer un
référendum c’est bien parce que nous contestons les choix
institutionnels majeurs contenus dans le traité comme ils l’étaient dans
la Constitution Giscard.
Je refuse la ratification parlementaire, car j’aime la démocratie.
Je refuse ce traité car j’aime la France. Et, comme Romain Gary, j’ai
envie de dire : « mon pays ce n’est pas la France, c’est la France
libre ».
Et il faut lire ce traité (combien l’on lu d’ailleurs ?) pour comprendre
qu’il qu’ il sonne le glas de la liberté du peuple français à disposer
de lui-même.
On altère, on enterre un peu plus la démocratie française sans pour
autant bâtir une démocratie européenne alternative.
Avec l’Acte unique, les traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice,
l’ampleur de la dépossession démocratique en cours aurait du pourtant
sauter aux yeux de chacun !
Une double dépossession : A l’échelon national où elle devrait pouvoir
fonctionner le plus naturellement, la démocratie est empêchée au profit
de l’échelon européen où elle est dématérialisée et ne peut s’exercer en
réalité.
Dépossession aussi du législatif au profit de l’exécutif car, tout le
monde le sait, ce sont les ministres qui arbitrent en conseil à
Bruxelles des matières de nature législative.
Pourquoi ne pas tirer les leçons de l’impasse politique dans laquelle
nous mène pourtant depuis 20 ans cette organisation bruxelloise
tentaculaire ? Quelques exemples révélateurs :
A Paris le Grenelle de l’environnement débat de l’éventualité
d’interdire les cultures d’OGM en plein champs… A Bruxelles le
lendemain, un communiqué de la Commission rappelle qu’une directive
l’interdit ;
Le prix des produits alimentaires flambe et on constate que la
dénaturation de la PAC a réduit l’indépendance alimentaire de l’Union ;
Le secteur des jeux et des courses libéralisé dans beaucoup de pays
n’est pas un modèle d’intégrité mais la France est sommée de privatiser
son secteur ;
EDF offrait le prix le plus bas de l’électricité en Europe donnant un
vrai atout de compétitivité à nos entreprises mais nous démantelons une
des entreprises publiques les plus performantes d’Europe ;
La loi de la jungle se généralise sur tout le continent, avec des
travailleurs utilisés comme une main d’œuvre corvéable à merci et
pourtant, à Bruxelles la directive Bolkestein refusée à hauts cris a été
adoptée dans la plus grande discrétion.
A chaque fois les mêmes arguments : « C’est la loi de la majorité. Nous
l’avons acceptée. A 27 ce n’est pas comme à 6 ou 9, nous ne sommes plus
majoritaires. Prenons garde à ne pas nous isoler. Il vaut mieux un
mauvais compromis que rien du tout. ».
Voilà les résultats parmi tant d’autres du fameux passage à la majorité
qualifiée tant vantés par les avocats de l’Europe dite « politique ».
Voilà les fruits de la fameuse « stratégie de l’influence » qui
s’apparente plutôt à une politique d’abdication permanente qui n’ose pas
dire son nom.
Vous avez aimé Bolkestein, les OGM en plein champs, l’absurde
libéralisation de l’électricité, du gaz, de la poste, l’arrivée des
mafias dans les jeux, la fin de la langue française, les jachères, vous
allez adorer les conséquences du passage de l’unanimité à la majorité
qualifiée dans 52 domaines supplémentaires de compétences.
Des domaines choisis avec attention par nos amis britanniques et
acceptés avec naïveté par la France. Car, malheureusement, il n’est pas
question de passage à la majorité qualifiée dans le domaine fiscal où
cela pourrait sous certaines conditions permettre d’éviter le dumping
fiscal et social d’aujourd’hui. Non, il s’agit du passage à la majorité
qualifiée dans des domaines de compétences où la France est, minoritaire
dans l’Europe à 27. Très concrètement cela veut dire qu’en perdant son
droit de veto dans des domaines clés pour son avenir, la France devra se
plier à la loi de la majorité de ses 26 partenaires et renoncer de fait
à son indépendance.
Comme le dit si bien Hubert Védrine, vouloir dans ces conditions bâtir
l’Europe sociale, cette tarte à la crème de toute la classe politique
française, relève de la pure incantation. Quelle absurdité de s’imaginer
ou de faire croire que les pays qui rejettent notre modèle national,
social et républicain, nous permettront de le conserver chez nous, lors
de votes à la majorité qualifiée au Conseil ! Madame Royal nous dit que
l’Europe sociale est désormais à portée de main, mais un mois plus tard
la Commission de Bruxelles oppose un « niet » définitif au principe
d’une directive-cadre sur les services publics en Europe !
De la libre circulation des travailleurs à la sécurité sociale, de la
propriété intellectuelle aux contrôles aux frontières, du fonctionnement
des services d’intérêt économique général (les services publics) aux
négociations commerciales internationales, la France se met avec
inconscience, avec naïveté, avec lâcheté, la corde au cou.
Choix d’ailleurs d’autant plus incompréhensible pour le Président de la
République, qu’il a gagné l’élection présidentielle sur son volontarisme
politique et justement sur sa conviction communicative qu’il était
possible de « changer les choses ». Je ne comprends toujours pas cette
ligne absurde qui consiste à accepter de se priver des moyens de mener
la politique promise aux Français. Et je le lui ai dit en face, en tête
à tête.
Comment peut-il ainsi s’interdire d’atteindre les objectifs qu’il s’est
lui-même fixé ?
L’exemple des négociations commerciales internationales est tout à fait
significatif. Jusqu’à présent seule la menace du droit de veto de la
France permettait de raisonner le négociateur européen. Qu’en sera-t-il
demain ? Comment le Président de la République a-t-il pu le 23 juin au
matin dans son discours aux parlementaires menacer d’un veto sur les
négociations en cours et se rendre l’après midi même au Conseil européen
pour signer la fin de ce droit de veto !
Vous comprendrez dans ces conditions pourquoi j’ai décidé de siéger
parmi les non-inscrits et pourquoi j’ai refusé de voter la confiance au
gouvernement ! J’ai compris que la majorité, une fois de plus, se
privait des moyens de respecter ses engagements électoraux. Or le
redressement de la France passe aujourd’hui par la réorientation de la
construction européenne.
Nous sommes là au cœur de la schizophrénie française, celle qui
affaiblit notre pays depuis Maastricht. D’un côté des campagnes
électorales comme si l’Europe n’existait pas, d’un autre côté une
gestion gouvernementale comme si le peuple n’existait pas.
François Mitterrand avec le tournant de la rigueur de 1983, Jacques
Chirac avec l’abandon de la fracture sociale… les Français seraient-ils
alors condamnés à vivre une troisième fois la même désillusion ?
Nul doute que les échecs, les déceptions, les revers de tous les
gouvernements, s’expliquent en grande partie par cette incapacité à
mettre en cohérence les discours à Paris et les décisions à Bruxelles.
Signer ce traité, c’est perdre encore davantage la maîtrise de notre
destin. C’est condamner encore plus la politique française à n’être
qu’un jeu de rôles, un théâtre d’ombres.
Signer ce traité, c’est voir grandir toujours plus de frustrations,
transformer le citoyen en consommateur, en spectateur puis ensuite en
révolté.
Car, n’en doutez pas, à partir du moment où la démocratie disparaît, les
décisions ne servent plus le peuple mais des intérêts souvent
extérieurs, tant Bruxelles est sous influence étrangère à l’Europe.
Ajouter à cela la Charte des droits fondamentaux dont a abondamment
parlé Anne-Marie Le Pourhiet, qui minera notre pacte républicain faisant
le jeu des communautarismes et des séparatismes, et vous aurez le visage
d’une France (où de ce qu’il en restera) impuissante et traversée de
douloureuses convulsions.
« Mais n’êtes vous pas trop sévère ! » me dira-t-on. « Certes,
reconnaissent certains de mes anciens amis politiques, nous avons
accepté certains compromis mais regardez la France est de retour en
Europe et c’est ainsi que l’on pèsera ! »
Je regarde et je ne vois rien venir. Car le comble du sommet de Lisbonne
est justement d’avoir vu la France abdiquer sans même avoir essayé
d’infléchir la politique européenne .
J’entendais récemment Mr Valls se gargariser de la prétendue disparition
de la partie III dans le nouveau traité. Quel aplomb ! La partie III a
disparu tout simplement car les traités qu’elle reprenait demeurent en
place ou parce que ses « innovations » ont été savamment dissimulées
entre les lignes du texte approuvé à Lisbonne.
Non seulement la France a signé un texte qui la privera, s’il était
ratifié, de sa liberté.
Non seulement la France a accepté une charte des droits fondamentaux
contraire à son modèle républicain.
Non seulement la France a accepté le déséquilibre de sièges au conseil
au profit de l’Allemagne (contraire en cela à tous les principes de la
réconciliation franco allemande fondée sur la parité entre les deux
Etats).
Non seulement la France a accepté la dépendance de la politique de
défense européenne vis-à-vis de l’OTAN.
Mais de surcroît elle n’a rien, mais vraiment rien, obtenu en
contrepartie, pas même sur le front des questions économiques et
sociales. Ni réforme de l’Euro, ni réforme de l’OMC, ni réforme de la
Commission.
L’euro caracole à 1,50 dollar asphyxiant notre économie, et faisant à
chaque fois que l’on vend un avion, perdre de l’argent à Airbus,
Monsieur Mendelson, Commissaire européen multiplie les concessions
commerciales dans les négociations de l’OMC. La Commission s’acharne
contre nos services publics imaginant maintenant la séparation des
réseaux d’électricité de la commercialisation. La PAC est tout
simplement menacée de disparition, l’OTAN s’impose comme le patron de la
défense européenne.
Est-ce cela le retour de la France en Europe ?
Le Général de Gaulle avait bien raison de mettre en garde en affirmant :
« A force de dire oui à tout on disparaît soi-même ».
Et pourtant la France avait toutes les cartes en main au début de l’été
pour défendre ses intérêts et promouvoir une autre Europe. La force du
NON du 29 mai, la légitimité de l’élection présidentielle sur des
thématiques identiques (la carte électorale des 2 votes se superposent),
donnaient au Président de la République les moyens d’agir pour
réorienter l’Europe pour le plus grand bien à la fois de l’Europe et de
chacun des pays qui la composent.
Malheureusement, pour briller le temps d’un sommet au lendemain de son
élection, le président de la République a signé ce traité. La France n’a
pas fini de payer la légèreté de cette décision. Mais pas seulement la
France, toutes les nations d’Europe vont payer cher la capitulation du
pays qui pouvait réorienter l’Europe.
Car ne l’oublions jamais, mes amis, si nous contestons ce traité
scélérat, c’est aussi parce qu’il est dangereux pour l’Europe elle-même.
Je demande un référendum non seulement parce que j’aime la démocratie,
parce que j’aime la France mais aussi parce que j’aime l’Europe.
Expliquons inlassablement à nos concitoyens que l’Europe peut et doit se
bâtir autrement. Il y a la bonne Europe, celle des coopérations
respectant les peuples et qui a fait ses preuves. Il y a malheureusement
la mauvaise Europe, supranationale et bureaucratique dont l’échec est
criant. C’est justement à force de laisser les intérêts gouverner le
continent au détriment des peuples que l’on est en train d’éloigner les
jeunes générations, les actifs, ceux qui souffrent de la belle idée de
réconciliation européenne.
Regardez ce qui se passe entre l’Italie et la Roumanie. Observez les
problèmes d’immigration en Angleterre. Ecoutez la colère des chômeurs de
tous les pays dont les emplois ont été délocalisés.
Or, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, il n’y a pas de
fatalité à subir cette implosion du continent. L’expérience historique
démontre que ce sont souvent les exigences françaises qui ont forcé
l’Europe à évoluer. Jamais la PAC n’aurait existé sans la politique de
la chaise vide en 1965. C’est en étant libre, forte, démocratique,
ouverte aux autres peuples que la France servira le mieux la belle idée
européenne, la réconciliation des peuples, le progrès social et
l’indépendance du continent.
Contrairement à ce qu’on a voulu faire croire, le plan B est possible.
L’Europe peut tout d’abord être démocratique. Une Europe qui s’appuie
sur les nations et leurs peuples. C’est pourquoi il faut veiller à
laisser au niveau national le maximum de compétences. De même entre les
votes à l’unanimité qui bloquent et ceux de la majorité qualifiée qui
peuvent violer un peuple sur des sujets donnés, je crois indispensable
d’inventer une Europe à géométrie variable.
Projet par projet, les Etats coopèreraient en participant à des agences
européennes sur le modèle de l’agence spatiale. Dans ce cadre, en
acceptant les règles du jeu à l’avance, je ne vois pas d’objection à des
délégations de compétences et à des votes à la majorité.
L’Europe de demain peut être indépendante. Dans le domaine de la défense
(dont pourrait parler abondamment Jean-Pierre Chevènement) en bâtissant
une coopération non assujettie à l’OTAN. Dans le domaine scientifique et
universitaire en mettant en œuvre des universités européennes
concurrentes de celles des Etats-Unis : en soutenant des projets
industriels, en investissant massivement dans les nouvelles
technologies.
L’Europe de demain peut être humaniste. Pour cela bien sûr, il faut
veiller au respect au niveau mondial d’une concurrence loyale et oser
militer pour un monde de grandes entités commerciales comme le
recommande le Prix Nobel Maurice Allais. Seule la mise en œuvre d’une
véritable préférence communautaire fondée sur un droit de douane
environnemental et social sera en mesure d’éviter la ruine du continent
et la paupérisation des pays soi-disant émergents.
De même, seule une nouvelle politique monétaire, une refonte de la BCE,
sera de nature à relancer la croissance, les salaires et l’emploi.
Vous le voyez, mes chers amis, au niveau national comme au niveau
européen, la démocratie, l’indépendance et le progrès vont ensemble et
se renforcent les uns les autres.
Mais, vous vous en doutez, ce n’est certainement pas en étant effacée
que la France se fera respecter et sera capable d’être le levain de
cette nouvelle pâte européenne que nous appelons de nos vœux. C’est au
contraire en étant libre, porteuse des valeurs universelles qui l’ont
toujours grandie.
Voilà pourquoi la question du référendum est cruciale pour l’avenir de
notre pays comme pour celui de l’Europe.
Il nous reste peu de temps pour ouvrir les yeux des Français, comme les
yeux des autres européens. La tâche est difficile, je le sais. Chacun
peut se sentir isolé alors qu’en vérité nous sommes des millions. A nous
donc tels des ruisseaux dans nos vallées respectives d’irriguer de nos
idées et de nos propositions, l’opinion.
Ne cherchons pas à fusionner ce qui ne peut pas l’être. Procédons par
additions et qu’importe s’il y a plusieurs pétitions ici ou là pour un
référendum. Tout cela prouve d’ailleurs la vitalité démocratique de
notre pays qui se retrouve sur Internet. (Merci à vous, Etienne Chouard,
pour tout ce que vous faites !)
Veillons simplement à coordonner nos efforts comme nous le faisons
symboliquement aujourd’hui pour la première fois.
Rappelons toujours et partout que c’est pure folie de vouloir bâtir
l’Europe en bâillonnant les peuples.
Affirmons sans complexe que si par malheur ce traité devait être ratifié
par le Parlement français, il n’engagerait en rien le peuple français,
c’est-à-dire la France, puisque, sous les apparences de la légalité, il
serait profondément illégitime.
Proposons avec sérieux et rigueur une autre Europe car n’en doutez pas
celle qu’ils veulent imposer par ce coup de force est condamnée
d’avance.
Rassemblons nos amis européens comme Jens-Peter Bonde, dont l’action est
déterminante au Danemark, car dans tous les pays la colère des peuples
gronde.
Mobilisons enfin les citoyens français et des autres pays européens
autour de cette idée d’un référendum dans chaque pays le même jour et
pourquoi pas le 9 mai.
Oui un référendum dans tous les pays, car il n’y a pas que le peuple
français qui est frustré de ne pouvoir s’exprimer.
Oui un référendum le 9 mai pour « la Fête de l’Europe » car nous sommes
convaincus que l’Europe est une nécessité pour l’avenir, une Europe des
peuples, une Europe au service des peuples, une Europe véritable
multiplicateur de puissance pour donner à chaque nation épanouie et
fière d’elle-même, la capacité de peser dans la mondialisation.
Oui, mes chers amis, mes chers compagnons, mes chers camarades, l’heure
de la résistance a sonné. |