La Cinquième République, notre meilleur atout pour réformer le capitalisme
Par Laurent Pinsolle | 29. juillet 2010 | Catégorie : Editos | 7 comments
Dimanche 25 juillet, un membre du bureau national du Parti Socialiste, Philippe Baumel, a plaidé pour l’instauration d’une Sixième République, seule solution, selon lui, à la crise que nous traversons. Et si, au contraire, cette Constitution était notre meilleur atout pour l’avenir ?
Un problème de pratique, pas de Constitution
Philippe Baumel n’y va pas par quatre chemins : pour lui, « la Ve République n’en finit plus de finir de la réduction du destin de la nation à une collection d’itinéraires individuels. L’étalage des ambitions individuelles égotistes, le flirt avec l’argent, l’appétit de notoriété, la passion pour le faire savoir et le mépris pour les savoir faire, l’étalage des signes extérieurs de réussite donnent à la fin de la Ve République un coté tragi-comique qui rappelle les derniers jours de Concini à la Cour de France ».
Mais ces travers ne sont pas la conséquence bien spécifique de nos institutions mais seulement des problèmes qui frappent la classe politique depuis toujours. Bien sûr, nous atteignons un niveau rarement atteint avec Nicolas Sarkozy. Mais ces excès ne sont pas nouveaux et nul doute qu’ils continueront d’exister à l’avenir, quelque soit le système institutionnel que nous choisirons. La politique a toujours attiré des aventuriers en quête de pouvoir et de jouissances matérielles qui mettent leur ego et leurs envies avant tout autre chose. Le Parti Socialiste est bien placé pour le savoir, d’ailleurs…
Et la pratique des Institutions du Général de Gaulle démontre bien qu’il n’y a rien de malsain dans la Cinquième République. Lui payait ses factures d’électricité ou les repas donnés à titre privé. La « République irréprochable » a bien existé, de 1958 à 1969, et certainement pas de 1981 à 1995. Bref, il s’agit d’un faux procès. Et ce n’est pas totalement illogique dans un parti qui se méfie intrinsèquement de la force de l’exécutif et préfère les contre-pouvoirs, même s’il faut noter qu’une fois au pouvoir, les socialistes se sont finalement assez bien accommodés d’un exécutif fort…
Démocratie forte ou démocratie faible ?
Il est vrai que la conception même de la Cinquième République peut provoquer des débats. Il s’agit en effet d’une architecture qui donne beaucoup de pouvoir à l’exécutif, qui dispose de beaucoup plus de liberté que dans d’autres pays pour mener les politiques qu’il souhaite mener. Les contre-pouvoirs sont beaucoup moins forts dans notre pays qu’aux Etats-Unis, où Barack Obama, pourtant largement élu et disposant de majorités historiques au Congrès et au Sénat a pourtant eu toutes les difficultés du monde pour faire adopter les projets pour lesquels il avait été élu.
En fait, autant les Etats-Unis sont une « démocratie faible », où la volonté du président élu est constamment contrariée par les échéances électorales, les élus ou la Cour Suprême, autant la France est ce que l’on peut considérer une « démocratie forte ». Quand les Français veulent changer, cela change, comme l’ont montré les élections de 1981, 1986, 1997 ou 2007. Nos Institutions semblent tailler pour qu’un bon président puisse avoir les coudées franches alors que les institutions étasuniennes semblent avoir été conçues pour limiter le pouvoir de nuisance d’un mauvais président.
Mais le contexte actuel rend sans doute encore plus nécessaire notre construction institutionnelle. En effet, comment imaginer qu’un homme politique puisse véritablement réformer le système économique actuel dans un système comprenant une multitude de contre-pouvoir ? Seule notre Cinquième République permettra à un Président élu sur un programme de refondation du capitalisme de pouvoir véritablement mener son agenda alors que le moindre effort de réforme se retrouve immédiatement dilué aux Etats-Unis comme le montre la réformette de la finance de Barack Obama.
La Cinquième République a déjà rendu beaucoup de services à notre pays, lui apportant une stabilité dont la France avait bien besoin. Demain, par les pouvoirs considérables qu’elle donne au président, c’est elle qui nous permettra d’être à l’avant-garde de la refondation du capitalisme.
La plupart des Républiques qui confient leur destin à des élus ont mis en place des systèmes d’une extrême naïveté. L’une des plus anciennes démocraties du monde, la démocratie athénienne, l’avait pourtant tout de suite compris : la menace qui pèse sur ces systèmes est la corruption. Et plus le pouvoir est concentré, plus la corruption est facile. C’est pourquoi les corrupteurs vont toujours favoriser les systèmes les plus centralisés, et c’est pourquoi corrupteurs et corrompus sont aujourd’hui au pouvoir. La République de Venise avait fait le même constat et adopté les mêmes mesures qu’Athènes : des systèmes de tirage au hasard et de contrôles permanents qui empêchent la tentation de la corruption; on peut corrompre des « élites » ou des « élus » fixes, on ne peut corrompre tout un peuple. Et ceux qui, malgré toutes les garanties, étaient convaincus de corruption le payaient de leur vie. Un doge de Venise a ainsi été exécuté séance tenante sur les marches du Palais des Doges. C’est que qui a fondé la force et la richesse de cette République, et c’est pareil pour Athènes.
Une Constitution qui n’a pas dans ses priorités la défense des citoyens contre la corruption des élus est juste une aubaine pour les usuriers et spéculateurs. Et si « refondre le capitalisme » est nécessaire, ce n’est sans doute pas le moyen d’y arriver. Il faudrait d’abord cesser d’être naïf.
Devoir de réflexion sur l’Article 3 de notre pas-encore-défunte-Constitution. »Les principes de la souveraineté nationale,tels qu’ils ont été définis par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,n’ont pas valeur constitutionnelle »,amendement de M. Alain Peyrefitte en 1992, à remettre à l’ordre du jour,à temps et à contre-temps.–Du jour des lendemains du REFERENDUM du 29 Mai 2005, du verdict du Non mais aussi et plus largement de la participation et des votes de l’électorat , contrarié par le maintien longtemps prolongé de la loi 2005-204 votée au préalable par des parlementaires d’alors et de partis jusqu’à l’imposition sans referendum du dit Traité de Lisbonne.Le mot forfaiture a disparu il est vrai du langage de ce siècle.–Des jours qui passent semblant ignorer l’ARTICLE 35 de notre Constitution ,fraîchement révisée.Motus sur une conférence de Londres de début 2010,motus sur l’engagement de nos soldats.To be or not to be in war? Réponse: »il est légitime d’un point de vue technique de parler de guerre »,d’un haut responsable aux Armées. Légitime d’en parler sauf au Parlement?Le Palais-Bourbon devenu,pardonnez-moi,La muette?Les députés , nos députés tenus au devoir de réserve?Les parlementaires,nos parlementaires tenus aux devoirs de silence?–Un jour possiblement, et sans trop attendre,le réveil des consciences de tous horizons et aussi la formation d’un nouveau groupe parlementaire.Vacances ou pas au Parlement,au pluriel et voix de la France:quelle présence française en Afghanistan? 02100
Rendons grâce à Michel DEBRE d’avoir su répondre positivement à la demande du Gl de Gaulle en étant l’une des chevilles ouvrières de la constitution de notre Vème Républqiue. Fustigeons par ailleurs les adeptes du « changeons les règles institutionnelles » qui font la solidité d’un Etat souverain mais gardons-nous de nous engager sur des voies hautement idéologiques qui feraient croire que l’on peut faire dire n’importe quoi aux pouvoirs conférés au Président en exercice ! Ce serait tout simplement renier le peuple si présent au coeur du Gl de Gaulle.
Il est vrai que notre actuelle constitution est un bien inestimable. L’attaquer c’est favoriser le retour vers les catastrophiques III et surtout IV èmes République et à ses « grenouillages » tant de fois dénoncés par CDG. Le plus curieux est que celui qui l’a le mieux respectée est (avec Pompidou) F. Mitterrand -meme si comme vous le soulignez ses 2 septennats n’ont pas été irréprochables ,loin de là – Et celui qui l’a triturée,defigurée,adaptée à son parcours personnel est notre ancien Président qui à ses heures s’est parfois réclamé du gaullisme…
Le 2 Aout 2010.
Ah, la Sixième République ! Arnaud de Montebourg en parle depuis des lustres, et Philippe Baumel remet cela. Effectivement notre Démocratie est bien malade, et même agonisante au vu des nouveaux pouvoirs que le Président actuel s’est fait voter en Juillet 2009. Il ne les utilise pas encore, il les garde pour son second mandat, qui lui, ne deviendra pas une VIème République, mais une dictature.
Mais elle est malade de quoi ? D’avoir perdu sa Primauté ! Des trois composantes de notre organisation sociétale, le Politique, l’Economie et le Finance, c’est bien le Politique qui doit avoir la Primauté. C’est ce que les Gaullistes appellent la Souveraineté. Au lieu de cela, nous avons voté un traité en 1992 qui donne les pleins pouvoirs à la Finance, le traité de Maastricht. Ce traité stipule : « Toute restriction aux mouvements de capitaux et aux paiements, à la fois entre les Etats membres et entre les états membres et les tiers, est interdite (art. 56, ex art. 73B et suivants) ». Pouvait-on trouver une phrase plus explicite pour donner la Primauté à la Finance. Ironie du sort ! C’est le parti qui a inscrit dans ses valeurs la « Primauté du Politique », qui a bradé cette Primauté, en faveur de la Finance. C’est la restauration de la féodalité. De terrienne qu’elle était, elle est devenue financière. Elle garde la même tare : celle de faire du paupérisme, pour les états et pour le peuple d’une part, et d’autre part de la richesse insolente pour une caste de privilégiés. 1789 est à refaire, mais dans des conditions infiniment plus difficiles.
Bref, nous avons marié la Démocratie avec un système économique qui est tout son contraire, la Pensée-Unique. Des deux, c’est le plus dictatorial qui l’emporte, la Pensée-Unique, alias le Monétarisme. Bref, la démocratie étouffe dans les bras de son pire ennemi ! Il n’est nullement besoin d’une sixième république pour nous en sortir ; il suffit de dénoncer ce traité. Nous les gaullistes avons les bases pour le faire ; le Général nous les a données : Primauté du Politique et Primauté de l’intérêt général. Avec cela, nous pouvons le faire, à condition de ne pas souscrire en même temps à la Pensée-Unique. Ce que semblent faire NDA et DdV, hélas !!!!
Pierre.Bellenger@wanadoo.fr
Les socialistes (les vrais et les faux, d’ailleurs, se souvenir de Mitterrand) n’ont jamais accepté la Constitution de la Vème République.
En effet, adieu la IVème, avec toutes ces magouilles qu’on appelait pudiquement des alliances qui ne duraient qu’un instant.
Et puis, il y avait les motions de censure, qu’on votait en fonction des intérêts partisans. Le gouvernement était renversé, le Président de la République,grand inaugurateur de chrysanthèmes reprenait ses consultations, pour la constitution d’un nouveau gouvernement.
Fini, tout ça, alors les politicaillons recommencent à pleurer l’heureux temps des magouilles.
Même si notre pitoyable président n’a pas la carrure pour assurer son rôle de Président de la Vème République, ne changeons surtout pas de Constitution.
Les électeurs que nous sommes sauront bien un jour élire un VRAI Président.
Excellente analyse ! je vous trouve sévère avec Georges Pompidou. Il n’y avait guère de reproche à lui faire non plus quant à la conduite de la république.
Une critique tout de même : de grâce, évitez-vous ce ridicule barbarisme d’étatsunien que je vois de plus en plus ! Il n’a aucun sens. Il s’agit des Etats-Unis d’Amérique, donc on dit américain, comme on dit mexicain lorsqu’il est question des Etats-Unis du Mexique ou brésilien lorsqu’il s’agit des Etats-Unis du Brésil.