Je n’ai plus le temps d’attendre … la révolution !

Par
Alain Kerhervé

En cette année 2021 qui nous arrive clopin-clopant, avec pour ce qui me concerne un 73e anniversaire, je n’ai plus le temps d’attendre. 
La révolution sociale à laquelle j’aspire, a marqué toute ma vie militante[1] : syndicale et politique. Je ne veux pas m’éteindre avant de la voir transformer radicalement la ‘condition ouvrière’[2].
Cette révolution sociale que j’évoque dans les 380 pages de mon ouvrage « Une Révolution en héritage » est l’œuvre inachevée de la politique définie et menée par le général de Gaulle jusqu’à ce soir funeste du 27 avril 1969.

Dès avril 1942, le Chef de la France libre évoque l’après victoire pour lui évidente : « Il y aurait là, surtout, la méconnaissance grave d’un fait qui domine aujourd’hui toute la question française et qui s’appelle la ‘révolution’… car c’est une révolution, la plus grande de son histoire que la France trahie par ses élites dirigeantes et par ses privilégiés a commencé d’accomplir. Et je dois dire à ce sujet, que les gens qui se figureraient pouvoir retrouver, après le dernier coup de canon, une France politiquement, socialement, moralement pareille à celle qu’ils ont jadis connue, commettraient une insigne erreur ».

Le gouvernement provisoire, présidé par le Général à la sortie du conflit, met rapidement en œuvre certaines mesures qui amorcent dès lors cette ‘révolution’ annoncée (Sécurité sociale, droit de vote des femmes dès 1945, nationalisations…).

Première salve. Puis …

Comme le proclamait le General le 1er mai 1950 sur la pelouse de Bagatelle : « C’est l’association des hommes, de leurs intérêts, de leurs capacités que nous entendons bâtir. 
Ce sont des sociétaires, et non des adversaires, qui, selon nous, doivent assurer ensemble la marche des entreprises. »
Sur le fond, Charles de Gaulle propose de rénover le régime économique et social afin que les travailleurs trouvent un intérêt direct, moral et matériel aux activités des entreprises.
Il est un point qu’il est impératif de préciser. Le projet très progressiste du Général conserve intégralement le droit inaliénable à la propriété privée inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. (Extrait du livre)

Le poison de la lutte des classes
Si le régime des partis de la IVe république a voulu bâillonner de Gaulle, il n’y est pas parvenu. Le RPF[3] est né et la politique gaullienne s’affiche clairement. Pour en prendre conscience, il suffit de se rappeler le fameux discours du Général le 1er mai 1950 :

Un jour, la machine a paru. Le capital l’a épousé. Le couple a pris possession du monde. Dès lors, beaucoup d’hommes, surtout les ouvriers, sont tombés sous sa dépendance. Liés aux machines quant à leur travail, au patron quant à leur salaire, ils se sentent moralement réduits et matériellement menacés. Et voilà la lutte des classes ! Elle est partout, aux ateliers, aux champs, aux bureaux, dans la rue, au fond des yeux et des âmes. Elle empoissonne les rapports humains, affole les États, brise l’unité des nations, fomente les guerres.
Car, c’est bien la question sociale, toujours posée, jamais résolue, qui est à l’origine des grandes secousses subies depuis trente-cinq ans. Aujourd’hui, c’est la même question, toujours posée, jamais résolue, qui pousse le monde vers un drame nouveau. C’est elle qui fournit de prétextes la tyrannie qui s’étend sur les deux tiers de l’Europe et de l’Asie. C’est elle qui, chez nous, procure aux séparatistes tant de concours désespérés. C’est elle qui empêche la prospérité de prendre son essor pour adoucir les misères humaines. Ah ! les pays libres peuvent bien déployer leur propagande et se ruiner en armement, l’épée de Damoclès demeurera suspendue tant que chaque homme ne trouvera pas dans la société sa place, sa part, sa dignité.
Eh bien ! Nous voulons cela ! D’autres peuvent le caricaturer, nous sommes les seuls à pouvoir le faire. C’est l’Association des hommes, de leurs intérêts, de leurs capacités, que nous entendons bâtir. Ce sont des sociétaires, et non des adversaires, qui, selon nous, doivent assurer ensemble la marche des entreprises. Ce sont des contrats, établis en vue du meilleur rendement et assurant à chacun sa part des bénéfices, qui doivent remplacer aussi bien le dirigisme des prix et salaires que le système de ces conventions qui ne sont que des armistices. »

Peut-on envisager une entreprise sans financement, sans capital ? Non. Et sans salariés ? Non plus. Les uns et les autres contribuent au regard de leurs compétences, à leur façon, à la valorisation de l’entreprise, à son expansion, à ses investissements. N’y a-t-il pas lieu que tous bénéficient aux résultats de leurs efforts, de leur participation ?

En 1959, malgré le problème Algérien qui préoccupe chacun, y compris le Chef de l’État et son gouvernement, Charles de Gaulle fixe un premier objectif par l’ordonnance du 7 janvier 1959 sur l’actionnariat[4]. …

Le cartel anti-social : Patronat, syndicats, droite libérale, Pompidou, Giscard d’Estaing et les centristes…

« N’en doutons pas, toutes les salves du gaullisme ne sont pas encore tirées. Et la dernière viendra d’outre-tombe. » (Jean-Raymond Tournoux, 1914-1984, journaliste, biographe, résistant)

Mais le véritable tournant sera l’œuvre des « bonnes bouteilles » du Général, ses gaullistes de gauche Louis Vallon et René Capitant. Il s’agit de l’amendement Vallon (1965)[5] qui doit conduire, à terme, au partage des investissements par autofinancement des entreprises entre le capital et le travail.
Le cartel des opposants, patronat et syndicats, droite libérale et gauche revancharde, aura raison de cette révolution sociale qui s’est jouée, essentiellement, en avril 1969[6].

Notre héritage
Cette œuvre inachevée est pour les gaullistes, je veux parler des ‘vrais gaullistes’, le cadre de l’évolution salutaire de la condition ouvrière et salariale : sociétaires et non adversaires. 
En son temps, Marcel Loichot a théorisé le moyen d’y parvenir : le pancapitalisme. Louis Vallon, René Capitant et Marcel Loichot ont été les architectes de l’association capital-travail. Ils avaient l’écoute du Général.
Cette révolution sociale, le monde du travail l’attend, n’en déplaise aux détracteurs de la « participation ».


[1] Depuis 1967, année d’adhésion à l’UJP (mouvement des jeunes gaullistes), puis mes 25 ans de syndicalisme indépendant, et aujourd’hui un 3e mandat d’élu local.
[2] Expression utilisée par le Général qu’il convient d’élargir à tous les salariés.
[3] « Rassemblement du Peuple Français »
[4] Cette ordonnance tend à favoriser l’association ou l’intéressement des travailleurs à l’entreprise.
[5] Voté à l’Assemblée nationale avec le soutien du Chef de l’État, contre celui du ministre des Finances de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing.
[6] Résultat du référendum : 47.52%, Non : 52.41%. Il suffisait de 3% pour aboutir à cette ‘révolution’

2 commentaires sur Je n’ai plus le temps d’attendre … la révolution !

  1. Pierre DELCOURT // 2 janvier 2021 à 17 h 25 min //

    30 ans jour après le général de Gaulle, c’est une autre grande figure de la France libre et de la résistance qui disparaissait. En effet le 10 octobre 2000 que Jacques Chaban Delmas nous a quitté. Il est avec Jacques Delors l’inventeur du concept de « la nouvelle société, un projet pour demain ? » Cette fameuse nouvelle société c’était quoi ?

    C’est le 16 septembre 1969 que Chaban a prononcé à la tribune de l’Assemblée Nationale, un discours qui affirmait la nécessité d’une nouvelle société. Il aurait pu marquer un tournant décisif. Il l’a fait mais pas dans le sens qu’il avait souhaité. Il écrit ne pas le regretter, profondément convaincu qu’il était d’exprimer ce qu’il croyait être vrai le jour de cette investiture et pour les années à venir.

    Il s’agissait pour lui écrit-il de reprendre l’effort de mutation de la société au point où le général de Gaulle avait dû l’interrompre. A son image, et pénétré de ses leçons, il voulait faire adopter une politique de mouvement par des élus dont une partie était soucieuse avant tout de préserver les situations acquises. Cette politique transcendait les notions de droite et de gauche en exprimant à la fois le souci de l’indépendance nationale et la volonté d’épouser le siècle. Le peuple dit Chaban , dans ses profondeurs est toujours en accord avec les orientations capitales. La résonance des élus n’est pas toujours au diapason. Si la multitude aspire à la mutation de la société, les notables qu’elle désigne en appréhendent les effets. Dans « l’Ardeur » Chaban Delmas écrit  » Laisserons nous échapper la chance que de Gaulle, franchissant le fossé des siècles, du XIX au XXI éme, a illustré par son action et nous a ainsi désignée ? Le gaullisme n’est pas un accident de parcours, c’en est une philosophie. Voilà pourquoi il survit à son auteur; et j’en étais conscient ce 15 septembre 1969. »

    Voilà quelle était la vison de Chaban Delmas. C’est ce concept de nouvelle société qui a été à l’origine de la fracture gaulliste en 1974.

  2. « Fins damnés » en ce troisième millénaire, à l’aube d’une nouvelle ère sous perfusions économiques et sociales, de vaccins à tous les étages d’une société qui confond toujours buts et moyens, conséquences et causes, nos concitoyens noyés dans la médiocratie galopante retrouveront ils un brin de lucidité pour ne plus donner les manettes de leur bonheur entre les mains de vils sorciers nourris de prétentions pourries qui nourrissent d’abord leurs propres profits ?
    Bonne année à tous dans la tourmente des urnes et de tout le reste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*