Un nouveau site sur Alain Peyrefitte

 

« Les figures de proue nous mettent à l’abri de la médiocrité.
Elles fendent les flots incertains.
Elles nous élèvent au-dessus de nous-mêmes ».

 

peyrefitte1 Alain Peyrefitte fait partie des hommes politiques qui incarnent parfaitement l’ère gaulliste et la culture politique durant les 30 glorieuses : une époque qui conserve la sobriété et la sacralité liée au statut de serviteur de l’état et qui amorce en parallèle l’avènement de la communication dans une société bouleversée par le progrès technologique et la mondialisation croissante. Dans cette période charnière, Alain Peyrefitte peut-être considéré à la fois comme un conservateur, sans connotation péjorative, mais également comme un visionnaire. Ce paradoxe accompagne toute sa carrière politique et, à cet égard, il semble difficile de restreindre son engagement sous une seule étiquette. Conservateur, il l’est assurément dans sa volonté de préserver la grandeur de la France sur un socle institutionnel solide. Innovateur, il l’est sans aucun doute, par ses efforts inlassables pour tourner le pays vers l’avenir et anticiper les changements de demain.

Homme de convictions, mais jamais de certitudes, Alain Peyrefitte est loin d’être un idéologue maniant des concepts confinés dans un paradigme littéraire. Ses convictions sont forgées sur le terrain et dans la pratique quotidienne des responsabilités politiques. Homme de terrain, homme d’action et homme d’état, c’est de manière transversale, par le prisme de ce triptyque, que le parcours d’Alain Peyrefitte doit être analysé.

Un homme de terrain

L’amour indéfectible d’Alain Peyrefitte pour les terroirs, la pêche et les paysages, probablement hérité de sa jeunesse provinciale, le conduit à chercher un ancrage local. C’est la ville de Provins qui lui offrira ce rapport au pays réel où il exercera la fonction de maire pendant plus de trente ans. Cette longévité témoigne du profond attachement de ses administrés pour ce « baron » du Gaullisme, un attachement réciproque qu’Alain Peyrefitte prouvera en choisissant la ville pour y être enterré.

Déterminé à offrir un avenir à ses vestiges multi séculaires, Il s’efforcera de faire valoir l’attrait de la ville en tant que cité médiévale. Il aura énormément contribué à la faire classer au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2001, deux ans après sa mort.

Un homme d’action

Alain Peyrefitte montrera toute sa carrière une implication sans faille au service de la modernisation de la France. En tant que ministre de l’information, il saisit l’importance du développement de l’audiovisuel. Attentif aux méthodes exercées outre-Atlantique, il comprend que la télévision est en passe de devenir un instrument de communication politique incontournable. Il œuvre ainsi à la libéralisation de l’audiovisuel public, avec comme point d’orgue, le développement des chaînes de télévision régionales et la création de l’ORTF. On lui doit, par ailleurs, le développement commercial du procédé français de télévision couleur SECAM.

Également impliqué dans l’évolution des moyens de défense, il initie un programme de mise au point de la bombe H, dont il confie la direction à Robert Dautray, et qui aboutira en août 1968 avec l’explosion, à Moruroa de la première bombe H française.

Un homme d’état

Au cours de sa carrière, Alain Peyrefitte aura occupé les plus hautes fonctions de l’État, notamment celle de Garde des Sceaux et celle de Ministre de l’éducation. Son sens des responsabilités sera confronté à des périodes de tension, comme les événements de mai 68, pendant lesquelles il fera preuve de sang froid et d’une volonté combative pour préserver les institutions ainsi que les intérêts du pays. Ministre sous trois présidents différents (De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing…), Alain Peyrefitte privilégie la cohésion et l’unité face aux luttes partisanes et aux stratégies électorales.

La carrière politique d’Alain Peyrefitte est indissociable de la figure du Général de Gaulle pour qui il fut plus bien qu’un collaborateur durant 6 ans. Sa relation privilégiée pendant plus de 10 ans lui offrit un double avantage : recueillir les confidences directes du Général (qu’il consigna dans les 3 tomes du titanesque C’était de Gaulle, ouvrage indispensable pour approfondir la vie du grand homme) et appuyer ses convictions dans la plus haute sphère de la République.

Le respect d’Alain Peyrefitte pour les fonctions étatiques se caractérisera toute sa vie par un effacement de son ambition personnelle au profit d’un engagement au service d’une action collective et méthodique. Évitant la surexposition de sa vie privée, il veillera à ne pas s’aveugler par les tempêtes médiatiques et les pressions diverses.

Cette constante prise de hauteur, propre à la philosophie gaulliste quant à l’exercice du pouvoir, le conduira à envisager son travail littéraire comme une composante complémentaire à l’action politique. Pour Alain Peyrefitte, le service de la France est un sacerdoce qu’il assumera sans jamais renoncer, sûr que son œuvre lui survivra et sera utile aux générations futures.

source : http://www.alainpeyrefitte.fr

 

dvdcdgEchange entre
Charles de Gaulle et
Alain Peyrefitte

 

Après le Conseil des ministres du 5 janvier 1966, Alain Peyrefitte, nouveau Ministre de la recherche scientifique et des questions spatiales et atomiques » pose une question au Général (après l’élection présidentielle de décembre 65) : « Vous ne dissoudriez pas l’assemblée ? »

CdG – « Pourquoi grands dieux ? »

A.P. propose une assemblée neuve, élue dans la foulée, permettant une tranquillité pour cinq ans. Ainsi des réformes de fond pourraient être menées.

CdG – « Je m’en garderai bien. Pour plusieurs raisons. D’abord, personne ne comprendrait cette dissolution. Comment la justifier devant l’opinion ? Cette assemblée a soutenu mon programme sans faiblesse, et je la renverrais dans ses foyers ? Ce serait absurde. Ce serait immoral. » Et de Gaulle de préciser que seul un conflit entre l’exécutif (particulièrement le Président) et le parlement peut exiger le recours au peuple souverain.

« Ensuite, poursuit-il, parce que cette dissolution ferait coïncider les deux mandats. Elle ferait naître l’idée que le mandat présidentiel a besoin d’être validé par un vote législatif. »

Puis il aborde le problème de la moralité politique.

CdG« Enfin, parce que ces élections législatives, aujourd’hui, rien ne prouve que nous les gagnerions. Et si nous les perdions, je n’aurais plu qu’à m’en aller … quel homme serais-je, si je m’accrochais alors que le peuple me désavoue ? De quelle autorité disposerais-je ? »

Dans la suite de cette discussion, abordant le cas d’une élection législative destinée à renouveler la mandature arrivée à terme, et en cas d’une assemblée opposée au Président, le fondateur de la Vème république précise : « Le président doit pouvoir se tirer d’affaire, en remaniant son Gouvernement avec des personnalités indépendantes, des commis de l’Etat … et en mettant l’Assemblée au défi de le renverser… C’est seulement s’ils votent la censure que la dissolution devra intervenir. » Et dans ce cas là ? « – Eh bien, si je perds, je partirai ».

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*